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Comment la droite va départager ses chefs

Le 03 juin 2013
Analyse commentaires
Par Fabien Dorémus

Sauf surprise, tous les candidats à la candidature à droite sont officiellement connus. Ils sont cinq au total. Deux sont issus de l'UMP : Benoît Mercuzot, actuel maire de Dury, et Alain Gest, député de la 4e circonscription de la Somme et président départemental de l'UMP. Les trois autres candidats sont membres de l'UDI : Olivier Jardé, conseiller général du canton de Boves et président départemental du Nouveau centre, Brigitte Fouré, conseillère municipale d'Amiens et conseillère générale du canton d'Amiens sud-est, et Hubert de Jenlis, conseiller général du canton d'Amiens sud.

Presque neuf mois auront été nécessaires à la naissance de toutes ces candidatures. Le premier à s'être lancé, en septembre dernier, est Alain Gest, déclarant d'emblée qu'il était favorable à l'organisation de primaires ouvertes «à tous ceux qui partagent nos valeurs» (voir notre article).

Une dizaine de jours plus tard, Brigitte Fouré lui emboîte le pas, via un communiqué. Mais organiser des primaires ne lui convient pas ; elle suggère «un sondage ou un parrainage citoyen» (voir son interview). Début janvier, Benoît Mercuzot entre dans la course. Pour départager les candidats, le maire de Dury est favorable à des primaires ouvertes, comme Alain Gest.



Benoît Mercuzot (UMP) voulait des primaires. Elles n'auront pas lieu.

Un mois et demi plus tard, c'est Olivier Jardé qui se déclare, via Twitter, «candidat au sondage organisé par le Nouveau centre qui déterminera la tête de liste centriste aux municipales». L'élu refuse l'organisation de primaires à droite. Enfin, c'est Hubert de Jenlis qui s'est déclaré jeudi dernier dans nos colonnes. Le conseiller général, joint par téléphone, a expliqué qu'il était «candidat à l'investiture UDI». Et pour lui, pas question de primaires ni de sondages.

«Vu sa taille, Amiens est une ville d'intérêt national, explique Hubert de Jenlis. Dans ces cas là, depuis la nuit des temps, ce sont les formations politiques qui désignent leurs candidats.» À l'UDI, c'est donc la commission nationale d'investiture, composée de onze personnalités, qui devra choisir le (la) meilleur(e) des siens.

Hubert de Jenlis évite le sondage

L'UDI rassemble nationalement huit formations politiques de centre droit. Mais dans la Somme, seules trois de ces composantes existent : le Nouveau centre, le Parti radical, et la Force européenne démocrate (Fed). Hubert de Jenlis est membre du Parti radical. Quant à Olivier Jardé et Brigitte Fouré, ils sont Nouveau centre.

«Le Nouveau centre a choisi de ne présenter qu'un seul candidat à la commission nationale d'investiture de l'UDI, explique Hubert de Jenlis. Cette commission devra donc choisir entre le gagnant du sondage et Hubert de Jenlis.» Une situation jugée parfois injuste du côté de ses concurrents : «Hubert de Jenlis sort du chapeau et sera directement opposé à quelqu'un qui aura eu le mérite de passer par un sondage. À quel titre ?, s'interroge l'UMP Benoît Mercuzot. Ça laisse entendre que tous les candidats ne sont pas au même niveau au départ.»

Brigitte Fouré est «sereine»

Dans l'UDI samarienne, la Fed constitue la plus petite formation politique, à peine dix militants la composerait. Elle ne présentera pas de candidat à l'investiture UDI mais semble avoir pris le parti d'Hubert de Jenlis. «Nous sommes favorables au renouvellement et au non cumul des mandats», indique Jean-Yves Bourgois, ancien adjoint au maire d'Amiens de 1995 à 2008. Ce militant de la Fed fait aujourd'hui partie de l'équipe d'Hubert de Jenlis pour les municipales.

Jean-Yves Bourgois, 41 ans, estime qu'il y a à Amiens «un vrai enjeu de renouvellement». Selon lui, sur un mandat local «la forme, le style et la modernité sont plus importants que l'idéologie. Comme me disait souvent Maxime Gremetz [ancien député communiste, ndlr] : “Pour être élu, il faut que les gens t'admirent ou qu'ils aient l'impression d'avoir leur beau-frère à la mairie”. Amiens est une ville jeune, il faut ressembler à sa population, comprendre l'air du temps.»

Hubert de Jenlis se prépare dans l'ombre : «Il y des réunions de groupe, des ateliers sur des thématiques plus précises. Mais je ne cherche pas à publier dans la presse dès que je fais quelque chose.» Il assure cependant savoir où il va : «J'ai une stratégie en tête, je m'y tiens».

«Je suis une bûcheuse»

Une autre candidate qui ne communique pas exagérément, c'est Brigitte Fouré. «Je n'ai pas besoin de me faire connaître, je suis connue. Ma permanence est ouverte presque toute la semaine, les gens viennent : c'est le seul vrai lieu d'opposition à la mairie dans Amiens.» Elle aussi assure faire plancher des groupes de travail. «Ils vont rendre leurs copies en juin.» Brigitte Fouré assume de ne pas faire ample publicité de son équipe de campagne. Selon elle, «il y a ceux dont on parle dans la presse et ceux dont on parle dans la vie. Je n'ai pas à prouver que je suis une bûcheuse, les gens le savent. Je suis sereine.»

De son côté Olivier Jardé communique davantage. Le 23 mai dernier, il présentait à la presse quelques axes de sa campagne, entouré de son équipe de testeurs.



Olivier Jardé, entouré de son équipe de campagne, le 23 mai dernier.

Olivier Jardé ne parlera presque pas de ses concurrents durant la conférence de presse. Mais l'un de ses proches, Olivier Mira, s'en chargera : «Le candidat sera centriste car Amiens est une ville de gauche qui est prête à faire confiance à des centristes.» Mais, selon Olivier Mira, le candidat centriste devra aussi «avoir la confiance de l'UMP». Il cible ainsi clairement Hubert de Jenlis. Car les relations entre ce dernier et l'UMP ne sont plus au beau fixe.

En décembre dernier, Hubert de Jenlis avait en effet quitté l'UMP pour rejoindre l'UDI. Comme il l'expliquait alors au Télescope, il avait choisi de suivre son organisation politique, le Parti radical, dans son passage de l'UMP à l'UDI. Mais le mot «trahison» était alors sur quelques lèvres, notamment celles du président de la fédération UMP de la Somme, Alain Gest. Aujourd'hui encore, les rancœurs restent vives, comme en témoigne le tweet acide lancé jeudi dernier (et supprimé ce week-end) par un membre de l'équipe de campagne d'Alain Gest. Ce tweet, adressé à un élu socialiste, disait : «Soyez sympa avec de Jenlis, à la vitesse où il change de camp, il pourrait bien se retrouver sous vos couleurs en 2014». Ambiance.

Négociations UMP/UDI en octobre

Quoi qu'il en soit, selon Olivier Jardé, «l'UDI annoncera sa tête de liste avant le 14 juillet». En revanche, nous ne saurons rien du sondage qui aura précédé cette décision : «Les résultats resteront internes, ce qui compte c'est l'investiture finale.» Il laisse d'ailleurs entendre que le sondage du Nouveau centre auquel il participe pourrait être «étendu». Comprendre, étendu à toute l'UDI, donc à Hubert de Jenlis. Ce que dément formellement l'intéressé.

En septembre, Jean-Louis Borloo, le président de l'UDI, devrait venir à Amiens «pour lancer la tête de liste», indique Olivier Jardé. Il restera alors à l'UMP et l'UDI à s'accorder pour faire liste commune. «Les négociations auront probablement lieu fin septembre, début octobre», glisse Olivier Jardé. Des négociations qui auront lieu loin d'Amiens, entre Jean-Louis Borloo et le président de l'UMP Jean-François Copé.

D'ici là, il faudra que l'UMP ait choisi, de son côté, entre Benoît Mercuzot et Alain Gest. Par quelle méthode ? «On ne sait pas encore vraiment, indique Benoît Mercuzot. Ce sera soit un sondage, soit le vote des militants. À partir de ça, la commission d'investiture fera son choix.»

Il regrette l'absence de primaires à droite «qui auraient permis de donner la parole aux Amiénois» et conteste l'idée selon laquelle le candidat de droite à Amiens devrait nécessairement être centriste : «On nous rebat les oreilles avec ça, qu'un maire ne peut pas être UMP à Amiens. Je ne suis pas d'accord, cela dépend de sa personnalité et de son programme».

Le poids des jeunes UMP

Benoît Mercuzot estime pouvoir «remporter la première étape de désignation» qui l'oppose à Alain Gest. Il semble d'ailleurs pouvoir compter sur la jeunesse de son parti. «La grande majorité des Jeunes populaires préfère ma candidature à celle d'Alain Gest. 80% sont avec moi.»

Les jeunes militants UMP sont nombreux et actifs localement (voir notre reportage). Ils sont aussi souvent des étudiants de la faculté de droit et de sciences politiques, dont le doyen n'est autre que Benoît Mercuzot. «De part sa personnalité et son programme, il donne l'impression d'être plus proche des jeunes», assure Paul Lesueur, étudiant en droit et militant UMP. Une trentaine de jeunes feraient, en interne, la campagne de Benoît Mercuzot.

«Nous sommes une trentaine de jeunes à soutenir Alain Gest», affirme également de son côté Margaux Delétré, militante UMP et étudiante en droit. «Personnellement, c'est son programme sur la sécurité qui m'a fait pencher. Et puis avoir un député maire, ça permet de faire monter plus facilement les dossiers à Paris



Affiches d'Alain Gest, sur un panneau amiénois, au mois de mai.

Le responsable départemental jeune de l'UMP, Pierre Savreux, a quant à lui choisi de garder la neutralité. Dans un premier temps, il était «favorable à un ticket Gest/Fouré», mais la déclaration de candidature de Benoît Mercuzot – «un ami» – a changé la donne. Favorable à des primaires, il estime qu'à Amiens le rapport de force à droite n'est plus favorable aux centristes : «C'était bon du temps de de Robien, aujourd'hui c'est fini !»

Dans l'œil du Télescope

J'ai tenté de contacter Alain Gest jeudi et vendredi derniers. Je n'ai pas eu de réponse.

Sauf mention contraire, toutes les citations proviennent d'interviews téléphoniques réalisées en fin de semaine dernière, à l'exception de certaines citations de Brigitte Fouré, issues d'un entretien réalisé en sa permanence le 17 mai, alors que j'étais principalement venu l'interroger sur l'internat d'excellence d'Amiens.