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Municipales: l'union à droite sème la zizanie

Le 29 août 2013
Analyse commentaires
Par Fabien Dorémus

Ce fut une surprise générale. Dans un communiqué diffusé vendredi soir Alain Gest (UMP) et Brigitte Fouré (UDI-Nouveau centre) annonçaient leur alliance dans le cadre de la prochaine élection municipale à Amiens. Le contenu de l'accord? «Brigitte Fouré conduira la liste d’union et, si les Amiénois leur font confiance, sera élue maire d’Amiens. La candidature d’Alain Gest sera ensuite proposée aux élus de la communauté d’agglomération pour la présidence d’Amiens Métropole.»

Cette union n'était pas prévue au programme. «Je l'ai appris en même temps que tout le monde, je ne m'y attendais pas, explique Hubert de Jenlis, l'autre candidat à la candidature de l'UDI. Je connais bien Brigitte Fouré, elle disait qu'elle serait très respectueuse du processus de désignation du candidat.»

Les candidats UDI étaient censés attendre la décision de leur commission nationale d'investiture, prévue sous peu. Ensuite, des négociations avec l'UMP auraient dû avoir lieu dans le but de constituer une liste d'union.

«Petits arrangements entre amis»

«On ne fait pas l'union par la volonté de deux personnes qui se répartissent le gâteau, tonne Hubert de Jenlis. C'est un coup de force ! Des petits arrangements entre amis pour sauver sa place. Brigitte Fouré a dû deviner que ça sentait le roussi pour elle!» Autrement dit que l'avis de la commission nationale de l'UDI ne lui serait pas favorable.

Le choix entre Brigitte Fouré et Hubert de Jenlis aurait normalement dû être fait avant la trêve estivale. C'est ce qu'avait annoncé Jean-Louis Borloo lors de sa venue à Amiens en décembre dernier. Sans s'avancer sur le nom des candidats UDI des prochaines élections, l'ancien ministre avait assuré: «Tout ce que je sais, c'est que ça va bien se passer.» Mauvaise prédiction, car la tension est aujourd'hui palpable dans le camp centriste.

Sur les réseaux sociaux (notamment ici et ), les militants centristes s'étonnent de ne pas avoir été consultés avant l'accord, sans nécessairement le remettre en cause sur le fond.

Borloo «vert de rage»

Même les élus municipaux de l'opposition amiénoise se sont exprimés dans un communiqué mardi soir. Huit d'entre eux (sur douze) jugent très sévèrement l'accord: «Cette initiative personnelle éloigne de l'union nécessaire plus qu'elle n'en rapproche», indiquent-ils. «Cette tentative de coup de force, sans dialogue, sans concertation avec les Amiénois, les militants, les élus des diverses sensibilités d'opposition et au-delà, est un mauvais coup porté à la démocratie locale.»

Du côté des grands chefs, «Jean-Louis Borloo [président de l'UDI, ndlr] est vert de rage», confie un militant. «Ça a été très mal pris par la direction, confirme Olivier Jardé. Et le militant centriste de base ne l'a pas bien pris non plus.» En tant que président départemental du Nouveau centre (la principale composante de l'UDI dans la Somme), Olivier Jardé a convoqué une réunion de son parti, prévue ce soir, afin que les adhérents amiénois du Nouveau centre puissent s'exprimer.

L'UDI, championne de l'indécision

Si, dans cette affaire, la direction de l'UDI a «mal pris» les choses, elle n'est pas exempte de tout reproche. «Le parti aurait dû décider avant», regrette Olivier Jardé, candidat à la candidature, éliminé en juin dernier lors d'une première étape de désignation.

Le parti centriste devait en effet décider de sa tête de liste amiénoise avant le 14 juillet. Puis la décision fut repoussée au 24 juillet. Pour encore être ajournée. Le rendez-vous était alors pris pour «la rentrée» comme le stipulait le communiqué signé conjointement par Brigitte Fouré et Hubert de Jenlis.

Que s'est-il passé entre ce communiqué daté du 24 juillet et l'accord Fouré-Gest de vendredi dernier? Dans le camp d'Hubert de Jenlis, on comptait profiter de l'été pour convaincre Brigitte Fouré de se retirer de la course à la mairie en lui proposant la présidence d'Amiens métropole. Ce fut un échec. Aucun accord n'a pu être trouvé entre les deux candidats, en dépit des tentatives de rapprochement initiées par Stéphane Demilly, le président départemental de l'UDI et député-maire d'Albert.

Des centristes trop gourmands

De son côté, Brigitte Fouré explique être restée à Amiens cet été et avoir rencontré «beaucoup de personnes inquiètes des possibles divisions dans nos rangs qui aboutiraient à des listes multiples».

En effet, Alain Gest, président de la fédération UMP de la Somme et candidat officiel de son parti à l'élection municipale, avait averti ses partenaires centristes au début du mois de juillet : «Il ne faut pas que l'UDI adopte une attitude qui compromettrait le rassemblement. Il faut se comporter avec raison et pas comme un leader incontesté, comme du temps de Gilles de Robien.»

Si l'UDI s'avérait trop gourmande, ne laissant que peu de place à l'UMP sur une future liste d'union, alors l'UMP se présenterait seule.

Alain Gest avait de quoi s'inquiéter pour son parti. Car du côté des centristes, il était entendu qu'Amiens ne pouvait pas être gagnée par une tête de liste UMP. «Amiens est une ville de gauche qui est prête à faire confiance à des centristes», expliquait en mai dernier Olivier Mira, un proche d'Olivier Jardé, résumant ainsi le sentiment majoritaire chez les militants de l'UDI.

Un accord et deux soutiens

Dans ce contexte, «j'ai contacté Alain Gest la semaine dernière, indique Brigitte Fouré. On a discuté, on s'est mis d'accord.» Avant d'officialiser l'accord et pour le renforcer, «nous sommes allés chercher le soutien de Pascal Fradcourt et de Benoît Mercuzot.» Deux appuis de poids puisque le premier est le président départemental du Parti radical, dont est membre Hubert de Jenlis, tandis que le second a été lui-même candidat à la candidature.

La fin de la domination centriste ?

Ces deux soutiens n'ont pas été très difficiles à obtenir. Pour Pascal Fradcourt, qui souhaite cette alliance depuis des mois, «Brigitte Fouré est la seule qui peut rassembler toutes les composantes de la droite. Elle a déjà été maire, elle est très à l'écoute, et le sondage [réalisé en juin par le Nouveau centre, ndlr] la mettait en tête.» Pour le président départemental du Parti radical «les accords ne se font pas à Paris dans un bureau».

De son côté, Benoît Mercuzot (UMP) estime que l'investiture d'Hubert de Jenlis rendrait l'union plus difficile «en raison de sa personnalité et parce que c'est un transfuge de l'UMP». Hubert de Jenlis avait quitté l'UMP pour l'UDI en décembre 2012. Lorsqu'il était encore candidat à la candidature, Benoît Mercuzot voulait incarner un renouvellement politique. S'il admet soutenir «deux têtes de liste qui n'incarnent pas le renouvellement», il assure que «les autres membres de la liste et le projet seront complètement nouveaux».

Mais pour certains centristes, l'accord Fouré-Gest sonne le glas de la domination de leur courant politique au sein de la droite métropolitaine. Car dans le cadre de l'alliance, Alain Gest (UMP) prendrait les rênes de la Métropole, or «tous les projets structurants (économiques, culturels, sportifs, etc.) sont de la compétence de la Métropole», explique Bernard Nemitz (UDI), élu municipal et métropolitain.

Division contre division

De même, pour Olivier Jardé «on ne peut imaginer que l'UDI abandonne sans motif ni contrepartie une agglomération régionale comme Amiens Métropole alors qu'elle a, seule, des élus municipaux et départementaux amiénois et qu'elle a détenu la députation de 1986 à 2012.». Pour lui, la contrepartie minimum serait «qu'un accord similaire soit passé dans les villes tenues par l'UMP en Picardie comme Saint-Quentin, Beauvais et Compiègne.»

Mais Alain Gest se veut rassurant pour les centristes et assure se ranger derrière la candidature de Brigitte Fouré: «Le président de la Métropole est issu de l'élection du maire d'Amiens.» Et des principes de gouvernance ont d'ores et déjà été adoptés: «Nous nous sommes mis d'accord sur la répartition des postes et l'équilibre des forces mais aussi sur des règles de travail pour diriger la Ville et la Métropole. C'est un accord global.»

Désormais les regards se tournent vers la commission nationale d'investiture de l'UDI. Va-t-elle suivre l'alliance établie en choisissant Brigitte Fouré? Va-t-elle tenter d'imposer Hubert de Jenlis? Pour Brigitte Fouré, «la dynamique est lancée», autrement dit, elle ira jusqu'au bout. Alain Gest ne dit pas autre chose. Cependant, «s'il y avait une remise en cause globale de l'accord, prévient-il, je mènerai alors une liste UMP autonome.»