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Les socialistes amiénois serrent les rangs

Le 21 juin 2013
Analyse commentaires
Par Fabien Dorémus

«Le processus collectif est bien géré par le parti, je m'y rallie.» Il y a peu de temps, Didier Cardon, élu municipal et régional PS, semblait impatient de communiquer publiquement sa décision de briguer la mairie d'Amiens. Ce n'est plus le cas. Place désormais au «collectif» et à «l'unité», «la seule façon de gagner». Des mots que l'on retrouve dans la bouche de tous les socialistes amiénois.

L'annonce de Gilles Demailly semble y être pour quelque chose. Le maire d'Amiens a annoncé il y a deux semaines qu'il ne serait pas candidat à sa succession. Un choc pour beaucoup de militants. Personne ne semblait être au courant, pas même la première secrétaire fédérale et députée, Pascale Boistard: «Je l'ai eu au téléphone la veille de son annonce, raconte-t-elle. Et je lui ai dit que s'il se représentait, je le soutiendrais et qu'il aurait la fédération à son service.»

Depuis l'annonce, le parti tient bon sur ses jambes. «La réaction a été bonne, se félicite Jean-Jacques Chavigné, représentant local de l'aile gauche du parti (la motion n°3 du dernier congrès). Tout le monde montre des volontés unitaires.» Les socialistes amiénois multiplient les rencontres. «Nous nous sommes déjà vu trois fois depuis l'annonce», indique Didier Cardon.

La prochaine rencontre aura lieu lundi, lors d'une assemblée générale des adhérents de la métropole. «Gilles Demailly présentera un document sur le bilan de son mandat, précise Francis Lec, secrétaire de la section PS d'Amiens nord, élu municipal et départemental. Le bilan sera discuté un peu ce soir-là mais surtout ensuite, durant tout l'été, dans l'ensemble des sections d'Amiens et de la métropole.»

«Comme en 2008»

Cette assemblée générale, c'est «une première étape» vers les municipales, selon Benjamin Lucas, secrétaire de la section PS d'Amiens sud, durant laquelle «il nous faudra définir une méthode.» Méthode pour élaborer le projet municipal qui ne peut, selon lui, se cantonner aux cercles socialistes: «Ce qui marche, c'est quand le projet n'est pas que construit par les militants PS, il faut que ça prenne dans la population, comme en 2008.»

La méthode affichée: l'ouverture à la «société civile». Des collectifs se voulant ouverts à toutes les forces de gauche, «associatives, syndicales et citoyennes» selon les mots de Didier Cardon, pourraient être lancés dès lundi. «Je veux quelque chose de très divers, très participatif», annonce Pascale Boistard.

Cette ouverture devra être précédée d'un «socle politique», précise Didier Cardon, autrement dit «un accord PS, PCF, Verts et PRG». Mais l'heure des accords entre organisations politiques n'est pas encore arrivée. «Il faut laisser le temps à tous les partis de se déterminer», indique Benjamin Lucas.

«Avec les écologistes, nous avons un accord au niveau national, il apparaît cohérent que l'on en ait un au niveau local», précise le secrétaire de la section Amiens sud. Et avec le Front de gauche? «Globalement, avec le PCF d'Amiens on gère la ville ensemble. Les élus communistes ont voté tous les budgets de la ville, l'adjoint aux finances est communiste... Mais la décision leur appartient.» Reste qu'au Front de gauche, tout le monde n'est pas enthousiaste à l'idée de faire liste commune avec le PS dès le premier tour (voir notre article).

Solférino aura le dernier mot

Les négociations entre partis auront probablement lieu à l'automne. Mais c'est aussi à cette période que le gouvernement aura mis sur pied la prochaine réforme des retraites. Un événement national qui pourrait avoir des répercussions locales. «J'espère que le gouvernement fera une réforme dans le sens du salariat, précise Jean-Jacques Chavigné. Si ce n'est pas le cas, ça peut changer la donne. En revanche, si le gouvernement choisit de taxer les dividendes, d'augmenter les cotisations patronales, ça peut permettre d'unifier toute la gauche.»

En attendant, à Amiens, si les socialistes prévoient de se tourner vers leurs partenaires pour réaliser une liste d'union, la question de la tête de liste ne fait pas débat. «Elle sera socialiste, assure Pascale Boistard. Le rapport de force est évident: le PS est numéro un dans le département.»

Et comment va être choisie la tête de liste? Certains sont convaincus qu'il est encore temps d'organiser des primaires ouvertes à gauche. «Nous avons les forces militantes pour le faire, assure Benjamin Lucas. On nous dit que c'est compliqué techniquement, mais la seule question que l'on doit se poser, c'est celle de l'opportunité politique. Des primaires permettent au candidat d'obtenir une légitimité dans la population et créent une dynamique.»

D'autres considèrent, comme Thierry Bonté, qu'il est désormais acté qu'il n'y aura pas de primaires. «Le temps est trop court pour en permettre l'organisation. Je le regrette, je souhaitais cette extension de la démocratie.»

Ce sont donc uniquement les militants PS qui voteront pour élire «le premier des socialistes». Ce que Pascale Boistard appelle «des primaires internes». Le dépôt des candidatures aura lieu entre le 9 et le 23 septembre. Le vote aura lieu le 10 octobre. Si personne ne réunit au moins 50% des suffrages, un second tour sera organisé une semaine plus tard.

Quatre personnes et un sondage

«Ensuite le vote sera entériné ou non par les instances du parti», explique Thierry Bonté. Car au PS, dans toutes les villes de plus de 100000 habitants, c'est le national qui a le dernier mot. «Mais je ne veux pas croire que le national contredira le vote des militants locaux, espère Benjamin Lucas. Nous avons déjà été privés de vote lors des législatives l'année dernière!»

La direction nationale du PS a récemment commandé un sondage pour se faire une idée de la notoriété de quelques personnalités locales et des potentielles intentions de vote. Les résultats seront connus dans les jours prochains.

Quatre personnalités seraient testées dans le sondages: Thierry Bonté – qui se dit «disponible» pour être candidat à la candidature mais qui ne fera de déclaration officielle que «le moment venu», Didier Cardon, Francis Lec – déjà candidat en 1995, époque où il s'appelait encore Francis Lecul, et Pascale Boistard. «Je n'ai pas souhaité être dans le sondage», précise-t-elle.

Beaucoup de socialistes s'accordent pour dire que les résultats de ce sondage ne seront «qu'une photo», qu'une «tendance» et que «ce n'est pas la meilleure façon de désigner un candidat». Une réaction sûrement sage. Ils gardent peut-être en mémoire qu'en 2008, un sondage réalisé quatre mois seulement avant le scrutin municipal donnait Gilles de Robien vainqueur dès le premier tour. On connaît la suite.

Le non cumul, mais plus tard

Même si elle ne souhaitait pas être intégrée au sondage, Pascale Boistard est dans le carré. Et l'éventuelle candidature de l'actuelle députée de la Somme pose la question du cumul des mandats, alors qu'une loi sur le sujet est actuellement en préparation à l'Assemblée nationale. «Je voterai cette loi, indique-t-elle sans ambiguïté. Dès lors, elle s'appliquera à tous.»

Problème, la loi pourrait ne s'appliquer que dans quelques années, bien après les élections municipales. «On n'est pas là pour se tirer une balle dans le pied, répond-elle. Je ne parle pas pour le cas d'Amiens, mais si dans une ville le meilleur pour gagner, c'est le député, eh bien ce sera le député ! C'est un principe de réalité. Alors, si pendant deux ans il y a un mec qui cumule, je m'en fous.» Et de conclure : «Aujourd'hui, je ne suis pas candidate mais si c'est la seule solution, je m’exécuterai.»

Avant tout cela, la fédération de la Somme et plus particulièrement les socialistes amiénois devront trouver une manière de sortir de la crise dans laquelle ils ont mis le pied depuis la mise sous tutelle de la section Léon-Blum (lire ici et pour comprendre).

«J'ai le cuir tanné»

Selon Pascale Boistard, les choses suivent leur cours: «Une direction collégiale de la section va être mise en place, en respectant toutes les sensibilités. J'ai déjà fait ça quand j'ai exercé la tutelle de la fédération de l'Hérault [en 2010 , ndlr]. Et c'était dans un autre contexte ! Je subissais des menaces de mort. Aujourd'hui, j'ai le cuir tanné.»

Du côté du secrétaire de la section Léon-Blum, Mohammed Boulafrad, les choses sont vues autrement. Il espérait encore, il y a quelques jours, que le problème se réglerait politiquement et rapidement. D'après lui, ce n'est pas ce qui est arrivé. Il annonce désormais qu'il y aura des suites judiciaires.

Dans l'œil du Télescope

Toutes les personnes citées ont été jointes par téléphone ces trois derniers jours.