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Les rythmes scolaires dans la dernière ligne droite

Le 11 décembre 2013
Analyse commentaires
Par Fabien Dorémus

Demain, lors du conseil municipal d'Amiens, le maire Gilles Demailly fera une annonce concernant les rythmes scolaires. Il précisera le cadre dans lequel la réforme se déroulera dans les 88 écoles de la capitale picarde.

Il n'y aura pas de vote à ce sujet lors de l'assemblée municipale. Un débat, tout au plus. La réforme prévoit en effet que ce sont les maires des communes qui ont toute latitude pour appliquer les nouveaux rythmes scolaires. Ce qui a le don d'agacer les enseignants. Ils ont le sentiment d'être un peu mis sur la touche.

C'est la raison pour laquelle, à l'appel de l'intersyndicale FSU-FO-CGT-Solidaires, ils manifestaient encore leur mécontentement la semaine dernière sous les fenêtre du rectorat d'Amiens.



Lors de la manifestation du 5 décembre à Amiens.

«Nous demandons la suspension de la réforme pendant un an pour avoir le temps de la modifier», expliquait Stéphane Magnier, du Snuipp-FSU, le syndicat majoritaire dans le premier degré. Première revendication des enseignants: «Que ce ne soient plus les maires qui décident de tout. Parce qu'aujourd'hui, on se retrouve avec des écoles qui doivent s'organiser en fonction des rythmes scolaires, alors que cela devrait être le contraire.»

Il existe déjà une instance qui réunit en un même lieu les enseignants, les parents d'élèves et les élus de la commune: c'est le conseil d'école. Mais le décret rédigé par Vincent Peillon, le ministre de l'Éducation nationale, n'a pas donné à ce conseil de compétence décisionnelle dans l'organisation des nouveaux rythmes.

Bilan globalement positif, pour le rectorat

Pour rappel, la réforme vise à réduire la journée des écoliers les lundis, mardis, jeudis et vendredis, tout en ajoutant une demi-journée de travail supplémentaire le mercredi matin ou, par dérogation, le samedi matin. Les journées raccourcies en heures de cours doivent permettre aux communes d'organiser des activités périscolaires, à la charge des communes.

Dans l'académie d'Amiens, seules 137 communes sont d'ores et déjà passées aux nouveaux rythmes. Donc 1187 communes doivent encore franchir le pas. Ce sera obligatoirement pour la rentrée prochaine.

Selon le rectorat, jusqu'alors, tout se passe bien dans la plupart des cas (132 sur 137), des ajustements sont en cours dans quatre villes (dont Abbeville et Péronne, dans la Somme), et un cas reste plus complexe: celui de Boves, dans la métropole amiénoise.

Boves, un «problème local»

L'école de Boves avait adopté la réforme dès cette rentrée 2013 mais un conflit a éclaté entre des parents d'élèves et le maire, Daniel Parisot. Au cœur du conflit: les activités périscolaires.

Le maire de Boves avait placé les activités périscolaires sur le temps du midi, tout en allongeant la pause méridienne. Mais, de leur côté, les parents d'élèves indiquaient que ce système engendrait de la fatigue chez leurs enfants. Ils souhaitaient que les activités périscolaires se déroulent dans l'après-midi, après les cours (voir notre article).

Le conflit n'avait pas trouvé d'issue favorable. Si bien qu'il y a quelques semaines, le recteur d'académie, Bernard Beignier, a décidé de suspendre les nouveaux rythmes à Boves. Retour à la case départ.

«C'est un problème un peu local, explique-t-il. On a eu du mal à faire en sorte que les gens discutent entre eux.» Un comité de suivi a été créé par le rectorat. «Et les choses s'arrangent un peu», avance, prudent, le recteur.

Quoi qu'il en soit, Boves, comme toutes les autres communes, devra trouver une solution dans les prochains mois. Tous les maires doivent faire connaître au rectorat leurs propositions d'organisation avant les élections municipales de mars prochain.

À Amiens, les parents ont dit «mercredi»

Demain au conseil municipal d'Amiens, Gilles Demailly devrait confirmer le choix de la collectivité en faveur du mercredi matin travaillé. La Ville ne demandera pas de dérogation pour organiser les cours le samedi matin, comme le décret de Vincent Peillon l'autorise pourtant.

Selon le syndicat Snuipp-FSU, six conseils d'écoles amiénois (parmi les 45 premiers à s'être exprimés) avaient demandé de travailler le samedi matin. Cela ne se fera pas. La Ville appuie sa décision sur un questionnaire envoyé aux parents d'élèves scolarisés à Amiens. Sur 7051 questionnaires envoyés, 1044 ont été retournés et 74% des répondants se sont prononcés favorablement à l'école le mercredi matin, selon la Ville.

Pourtant, cette solution ne serait pas la meilleure pour les enfants. «C'est un vrai problème que d'avoir deux jours de pause consécutifs, explique Caroline Corre, professeure des écoles à Naours et syndiquée au Snuipp-FSU. Notamment en Zep, c'est la cata: ce sont des enfants qui vont se coucher tard le vendredi, le samedi et le dimanche!» Elle explique en outre que Gilles Demailly serait conscient de cela mais aurait décidé de se ranger derrière l'avis des parents d'élèves.

«On a tranché pour le mercredi matin suite au vote des parents, confirme Marion Lepresle, adjointe au maire en charge des écoles. Leur vote est clair. Bien sûr, certains enseignants et certains chronobiologistes expliquent que le samedi matin est meilleur pour les enfants, mais tous ne disent pas cela. Et il faut aussi tenir compte des familles recomposées.» L'affaire est complexe.

Le samedi, pas de bus scolaires

Autre argument avancé par certains enseignants: le samedi matin serait un moment propice pour rencontrer les parents. «Au long de la semaine, 80% de mes élèves viennent en bus à l'école, indique Stéphane Magnier, enseignant dans la commune rurale de Bray-sur-Somme. Faire cours le samedi matin, ce serait un bon moyen pour discuter avec les parents.» D'autant plus que les bus scolaires ne passeront pas le samedi. C'est une certitude.

Tout au long de l'année, c'est le conseil général de la Somme qui loue les services d'une dizaine de transporteurs privés pour emmener 10 000 élèves par jour dans leurs écoles, collèges et lycées. En tout, près de 150 établissements sont ainsi desservis.

Or, pour le Département, il n'est pas question de desservir les écoles le samedi matin. Cela coûterait trop cher à la collectivité. Et ce serait un casse-tête organisationnel.

L'école à la remorque des transports?

«Les transporteurs nous ont expliqué que, par rapport à la réglementation et au temps de repos des conducteurs, il faudrait embaucher beaucoup de conducteurs remplaçants si les écoles étaient desservies le samedi matin», explique Pascal Jacquet, le chef du service transports au conseil général de la Somme. Il y aurait donc un surcoût. «Mais au-delà du surcoût, c'est la question de la rareté des chauffeurs disponibles le samedi matin qui se pose», précise Pascal Jacquet.

Un même bus dessert souvent plusieurs établissements. Il ne peut donc pas être partout au même moment. «Alors on essaye d'optimiser.» Ainsi, le service transport du Département a proposé aux maires, par courrier, la chose suivante: le transport de leurs écoliers pourra se faire le mercredi matin mais les contraintes organisationnelles auront un impact sur les horaires des écoles.

Certaines écoles pourront ainsi faire cours pendant trois heures le mercredi matin, tandis que d'autres seulement deux heures et demie. L'école devra s'adapter au transport scolaire. Ce système optimisé engendrerait tout de même un surcoût d'un million d'euros pour le conseil général de la Somme.

Les activités périscolaires vont également engendrer un surcoût pour les collectivités. Combien? À Amiens, «on ne peut pas encore le dire, ça va dépendre du nombre d'élèves qui vont s'inscrire aux activités», explique Marion Lepresle, l'adjointe en charge des écoles.

Amiens: du périscolaire dans l'après-midi

Plus de 10 500 enfants fréquentent les écoles publiques amiénoises. Les activités périscolaires leur seront proposées chaque jour aux alentours de 16h. Et non pas durant la pause méridienne, comme ce fut le cas à Boves. «Le temps du midi doit rester un temps calme», indique l'adjointe.

Les activités seront payantes pour les parents d'élèves, le montant sera variable en fonction des revenus, la Caisse d'allocations familiales (Caf) pouvant apporter son aide.



Les adjoints au maire Marion Lepresle et Lucien Fontaine.

Chaque jour vers 16h (ce sera peut-être 15h45), les élèves quitteront le temps de l'école pour entrer dans le temps périscolaire. «Il faut savoir comment on va faire la transition, explique Lucien Fontaine, adjoint au maire en charge de la jeunesse et de l'éducation populaire. On a donc prévu que les directeurs et directeurs adjoints des centres de loisirs, 62 personnes en tout, soient référents pour les 88 écoles de la ville.»

Ces «référents» vont chacun travailler dans une ou deux écoles, en binôme avec la direction de l'école, pour définir précisément les activités périscolaires. «Ces activités doivent être en cohérence avec le projet éducatif de chaque école», précise encore Lucien Fontaine. Les copies de ces binômes devront être rendues en mars.