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Un savoir encyclopédique à portée de clic

Le 30 novembre 2012
Portrait commentaires
Par Fabien Dorémus

Ce soir, dans la librairie amiénoise Chapeau melon et piles de livres, un spécialiste racontera l'histoire de la ville de Londres depuis l'époque médiévale jusqu'à l'ère moderne. Une nouvelle pierre sera ainsi ajoutée à l'immense édifice que tente de bâtir l'association des Études populaires d'Amiens métropole (les Epam), une montagne de connaissances.

La conférence sera filmée et, dans quelques jours, elle sera disponible sur le site des Epam. C'est ça l'idée de base: capter des morceaux de savoirs en images et en sons et les diffuser gratuitement. Ce soir, 18h30 ce sera le 18e enregistrement. La 18e pierre d'un projet qui se veut ambitieux.

«Notre slogan, c'est “Approcher le rêve de Diderot”, explique Olivier Leroux, président de l'association. Il voulait rassembler dans son Encyclopédie l'ensemble des connaissances afin de les transmettre. Nous, on ne rassemblera pas tout mais on va essayer, le plus possible. Et de manière plus moderne.»

Créées en septembre 2011, les Epam ont d'abord germé dans la tête d'Olivier Leroux. «À une période de ma vie, j'ai passé beaucoup de temps à la bibliothèque d'Amiens. Je me suis rendu compte à quel point j'étais inculte!» D'abord étudiant en sociologie, il travaille ensuite dans les ressources humaines avant de suivre une formation d'informaticien, son emploi actuel. «Quand on commence à travailler, on entre dans un autre monde. On n'a plus beaucoup de temps à consacrer à la culture.» D'où l'idée d'apporter un peu de cette culture directement chez les gens via l'outil internet.

Un projet ancré dans son territoire

Sur le web, il existe déjà d'autres projets de ce type dont le plus connu est l'encyclopédie en ligne Wikipédia. «À la différence de Wikipédia, nous voulons aller le plus loin possible dans l'exploration d'un sujet. Pour cela, nous faisons appel à des spécialistes», indique Olivier Leroux. Ainsi, sur le site des Epam on trouvera par exemple des conférences sur les romans populaires en France, sur les meetings politiques, sur le rôle du train pendant la Première guerre mondiale.

Comme son nom l'indique, l'association est ancrée dans son territoire. C'est la raison pour laquelle un bon nombre de conférences ont pour objet Amiens ou le département de la Somme: les usines Saint-Frères, le retour des prisonniers de guerre dans le département en 1945, comment les noms de rues, stèles et autres monuments d'Amiens diffusent une vision politique spécifique de la Seconde guerre mondiale.

Les Epam ne comptent pas en rester là. Outre les conférences, d'autres formats sont dans les cartons de l'association. «On va réaliser des interviews vidéo et bientôt on proposera un feuilleton audio basé sur la lecture, partie par partie, de romans.» Si la part belle est faite pour l'instant aux conférences, c'est avant tout une histoire de moyens techniques. «Filmer une conférence, c'est ce qu'il y a de plus simple: on a une table, une chaise, un public, et c'est bon», sourit Olivier Leroux.

Une technique à apprivoiser

Mais le talon d'Achille du projet reste la technique. L'association ne possède pas de caméra, faute de moyens. «Avant on en empruntait une à TV Amiens mais depuis que leur direction a changé, ce partenariat n'existe plus.» Alors, c'est le système D. «J'ai récupéré une caméra de tourisme et, pour le son, on emprunte un micro-HF [sans fil, ndlr].» Et maîtriser la prise de son n'est pas chose aisée. «J'ai appris sur le tas, relate Olivier Leroux, les premières fois que j'ai utilisé le micro-HF, il n'était pas très bien réglé.» D'où une bande son parfois légèrement saturée.

Dès le début de son existence, l'association a voulu se créer un réseau de partenaires. Avec plus ou moins de bonheur. «J'ai pris mon bâton de pèlerin et je suis allé voir les organismes qui organisent des conférences», raconte Olivier Leroux. Premier à répondre présent: l'Historial de la Grande guerre à Péronne.

Ce sont ensuite les Archives départementales qui donnent leur accord. L'objet du partenariat ? Les Epam doivent filmer les conférences que les Archives organisent mensuellement, en échange, l'association peut disposer des locaux des Archives pour organiser ses propres conférences: «Ça tombait bien, on voulait justement filmer leurs conférences», s'amuse Olivier Leroux.

Un troisième partenariat existe, avec l'association Ombelliscience, mais pour le moment il n'a débouché sur rien. «Ils font beaucoup de cafés-débat, on n'a pas les moyens techniques pour filmer. Il faudrait une bonne acoustique dans la salle, plusieurs micros, plusieurs caméras et l'accord écrit de tout le monde pour être filmé.»

Pas de subvention pour le moment

Les Epam, c'est avant tout un système basé sur le bénévolat. À 100%. Les membres de l'association – ils sont trois – et les conférenciers font vivre gracieusement le projet. Mais ce fonctionnement a ses limites, surtout lorsqu'un conférencier habite loin d'Amiens. «On souhaiterait avoir de quoi rembourser le transport», explique le président de l'association.

Pour le moment, les ressources des Epam sont proches de zéro. Ils ne touchent même pas de subvention. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé : «Que ce soit à la Ville, au Département, à la Région, ou à l'État, nos demandes de subvention ont toujours été refusées. À chaque fois, on nous répondait que le projet n'était pas assez clair.» L'association retentera sa chance en 2013.

Alors pour tenter de constituer quelques revenus, les Epam se sont associées au magasin en ligne Amazon. Ainsi, sous chaque vidéo de conférence, les internautes se voient proposer une série de livres en lien avec le thème de la conférence. Si l'internaute achète l'un de ces bouquins sur Amazon, les Epam reçoivent une commission équivalent à 10-12 % du prix du livre. Pas de quoi rouler sur l'or.

Des Epam à Émile Zola

Alors une autre piste de financement est suivie: celle de l'édition. Olivier Leroux vient de créer les éditions Senfina, ce qui lui a permis de sortir la retranscription de onze conférences de Epam qui se sont déroulées l'an dernier. Le livre, sorti en octobre, est vendu 19 euros, les Epam font 4 euros de bénéfice par exemplaire... «Je viens juste de recevoir ma première commande», se réjouissait cette semaine le président des Epam, lui qui s'est chargé personnellement de tout retranscrire, à raison de quatre heures de travail par conférence.



Olivier Leroux (à droite) et Jean-Marc Albert, universitaire et membre de l'association.

Mais cette petite maison d'éditions amiénoise ne sert pas uniquement à mettre en valeur le travail des Epam. Olivier Leroux projette de rééditer des livres aujourd'hui presque introuvables en livre papier. Dès janvier, si tout va bien, les éditions Senfina sortiront Travail, une œuvre peu connue d'Émile Zola. «C'est un livre passionnant et d'actualité, vu ce qui se passe à Gandrange en ce moment! L'histoire se passe dans une aciérie où le héros, utopiste, veut réorganiser le travail sur le modèle fouriériste [à l'image du familistère de Guise (Aisne), ndlr]. C'est un livre dérangeant, c'est peut-être pour ça qu'il n'est plus édité.» Pour l'instant.