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Un champion du monde au Crous d'Amiens

Le 04 avril 2014
Entretien commentaires
Par la rédaction du Télescope

Mathieu Leber est né et vit à Amiens depuis 29 ans. Pour gagner sa croûte, il calcule les bourses des étudiants de l'UPJV au Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous) d'Amiens.

Son nom ne vous dit sûrement rien. Pourtant il est devenu champion du monde en 2007 à Seattle (États-Unis), et de nombreuses fois champion de France. Depuis l'année dernière, il a arrêté le haut niveau. Le haut niveau de quoi ? Entretien.

Le Télescope d'Amiens: Comment devient-on champion du monde de Counter Strike?

Mathieu Leber: C'est simple, on installe le jeu sur son ordinateur, on joue en ligne, on rencontre d'autres joueurs, on se fait connaître, on monte une équipe, on se qualifie pour le circuit World cyber games (WCG) français. Comme aux Jeux olympiques, les meilleurs de chaque discipline représentent leur pays lors d'une compétition mondiale.

C'est quoi Counter Strike ?

C'est un First-person shooter, un jeu vidéo de tir en vue subjective dans lequel deux clans de cinq joueurs s'affrontent, les terroristes et les anti-terroristes. Les parties se déroulent en 30 manches, 15 en tant que terroristes, 15 en tant que anti-terroristes. Le première équipe qui arrive à 16 points a gagné.

La finale des World cyber games (WCG) 2007 sur Counter strike

Quelles qualités faut-il pour être bon ?

C'est un jeu d'équipe, il faut bien s'entendre, mais il faut aussi être précis. Derrière ça, il y a beaucoup d'entraînement.

Comment s'entraîne-t-on à jouer à Counter Strike ?

J'ai été joueur de haut niveau pendant dix ans, de 2003 à 2013. A cette époque, c'était tous les soirs de 20 heures à minuit. Et là tu ne peux jouer qu'à un seul jeu à la fois.

Que s'est-il passé quand tu es devenu champion du monde ?

On s'est partagés 55 000 dollars à cinq. Après, c'est un microcosme. Comme il n'y a pas de chaînes de télé qui retransmettent l'événement, la nouvelle n'a pas dépassé le cercle des joueurs de Counter strike.

Pourquoi as-tu arrêté le haut niveau ?

Ca ne payait pas assez. En France, les plus hauts salaires, c'est 400 à 500 euros par mois, payés par des sponsors. Avant j'étais jeune, c'était ma liberté. Maintenant il faut passer à autre chose.

Il n'y a pas de joueurs professionnels à Counter strike ?

En Suède, les joueurs peuvent gagner plus de 1000 euros par mois. Le monde des jeux vidéos y est mieux structuré, ils ont de bonnes connections internet depuis beaucoup plus longtemps que nous. Et comme ils sont bons, ils gagnent plus de tournois.

Par exemple, les gagnants de l'Electronic Sports League (ESL) [une compétition d'envergure européenne, ndlr] ont gagné 100 000 euros cette année. Et en Corée, c'est encore un autre monde...

Tu as suivi les municipales ?

De loin. Ce qui est ressorti le plus, c'est cette histoire de tramway. Ça a dû leur faire du mal, pour que, même moi, j'en ai entendu parler.

Dans l'œil du Télescope

Son portrait, réalisé par des joueurs de Counter Strike