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Que deviennent les ex-employées de Simply?

Le 16 octobre 2012
Entretien commentaires

Retrouvailles devant le magasin fermé pour les anciennes du Simply d'Étouvie

«Ça y est, vous allez rouvrir?» Les anciens clients du magasin s'étonnent de les revoir. Elles traversent la galerie ensemble, font bloc, et d'elles-même, viennent se poster devant les grilles fermées.

Elles ont l'air heureuses de se retrouver, les anciennes employées de Simply, mais cela entame presque leur sourire de devoir expliquer leur situation: «non, non, il n'y a pas de repreneur. De toute façon le local est trop dégradé, il y aurait beaucoup de travaux. Nous? Non, on ne sait toujours pas où on va.» Ce jour-là, tous les passants de la galerie, ont un sourire ou un mot gentil pour elles.

Elles prennent un café au PMU des Coursives, et les clients plaisantent: et si le patron du PMU rachetait le local, ouvrait une discothèque et les embauchait comme serveuses? Si la perspective des «soirées t-shirt mouillé» amuse, un temps, Catherine Bazin et ses collègues, la déléguée CGT espère plutôt rester dans la grande distribution.

Onze des employés n'avaient pas accepté les premières propositions de reclassement de Simply market. Pour ceux-là, ces propositions avaient été décevantes. Un poste en entrepôt ou un poste de vente dans une autre région. «Au mois de Juin, on a tous eu une paire de chaussures de sécurité toute neuve» explique Sandra Dupont, l'autre déléguée du personnel. Or les caissières ne portent pas de chaussures de sécurité. Elle soupçonne que la direction envisageait déjà de les faire travailler dans l'entrepôt de logistique de la zone industrielle nord.

«Là-bas, c'est du boulot pour les jeunes»

«On nous a convoqué et on nous a demandé nos vœux de reclassement. Finalement, ils ne nous ont pas vraiment écoutés.»

Pour ces femmes de 42 à 59 ans, aller travailler avec les cadences de l'entrepôt, ça ne paraissait pas réaliste. Là-bas, c'est le royaume de l'intérim, des jeunes «qui en veulent» et qui sont remplacés quand ils n'en veulent plus assez.

«Un collègue était allé faire un essai. Il en est revenu: même pour lui, c'était difficile. Alors nous, qu'est-ce qu'on irait y faire? Là-bas c'est du boulot pour les jeunes.» Et surtout, ce n'est pas leur travail. Elles revendiquent de pouvoir choisir un poste qui correspond à ce qu'elles ont toujours fait, ce travail qui, après tout, leur plaît.

Ces dernières années, cela n'avait pas toujours été facile pour les employés du Simply. La déchéance du magasin, elles l'ont vécue de l'intérieur. Avec le recul de ce mois de septembre chômé, elles en distinguent les signes avant-coureurs.

Un magasin en sursis depuis plusieurs années

L'eau gouttait du plafond dans les allées de la supérette, les carrelages étaient réparés avec... du carton. Vers 2009, les syndiquées avaient décidé de faire passer l'inspection du travail, une nouvelle fois, pour dénoncer l'état du magasin. Cette fois-ci, pour vérifier le fonctionnement du chauffage.

«L'inspecteur est passé, puis est allé voir la direction» se remémore Catherine Bazin. «En sortant du bureau, il est venu me voir et m'a dit que si je le lui demandais, il verbaliserait le magasin. Mais que la direction lui avait fait comprendre que cela pourrait en précipiter la fermeture.» Sandra Dupont renchérit: «On savait que certains collègues avaient besoin de travailler. On ne voulait pas qu'on nous mette cette fermeture sur le dos.» Alors elles n'ont rien dit du chauffage défectueux, pas plus que des seaux qui récoltaient les gouttes d'eau, ni des boîtiers électriques qui n'inspiraient pas confiance.

À les écouter, il semble que la direction n'avait besoin de personne pour organiser le dépérissement du magasin. «De toute façon, la fermeture de ce magasin c'était voulu, depuis six ans. Ils ont supprimé la charcuterie, le fromage à la coupe, la boucherie...». Les régressions s'égrainent dans les souvenirs des "Simply." Auparavant il y avait eu la suppression des caddies, pour «raisons de sécurité.» Trop de caddies volés.«On nous a supprimé des prospectus: notre magasin ne figurait plus parmi les promotions des autres magasins Simply. On nous positionnait dans une gamme Hard-discount, on n'avait quasiment plus de grandes marques. Et pourtant, on était plus chers que les autres Simply.» explique Catherine Bazin.

Un doute encore, dans les rangs des Simply: le dernier directeur, arrivé deux ans auparavant, était-il là pour en finir avec le supermarché? «Il ne commandait plus les offres de promotions pour les clients. On n'avait jamais vu ça: un anniversaire du magasin sans aucune promotion. Lorsqu'on lui demandait pourquoi il n'avait pas commandé un produit phare, ne serait-ce que pour les employés, il répondait: allez à Carrefour ou à Intermarché, c'est moins cher.»

Finalement, ce sont des conseillers municipaux d'Amiens qui ont joué les Cassandre. En novembre 2011, Eric Mehimmedetsi et Serge Raïs passaient au magasin pour prévenir les employés de l'évidente imminence d'une fermeture. Bien renseignés. Mais sans les déléguées du personnel, absentes ce jour-là, les explications qu'ils laissèrent à un manager du magasin n'ont pas vraiment rencontré d'écho. Avec confiance, l'employé leur répondait que Simply était un grand groupe et les reclasserait tous.

Mises en concurrence sur les reclassements

Sylvie Dumont a 50 ans. Comme ses dix autres collègues, elle avait refusé les premières propositions de reclassement de Simply. Pour elle, c'était la région parisienne. Elle a hésité: les RH lui avait promis de lui payer un loyer pendant un an. Finalement, ils s'en dédirent et ne proposèrent plus que six mois. «À quoi bon aller travailler pour 1200 euros si c'est pour payer un studio à 700 euros?» résume-t-elle.

Sylviane Lefevre, 59 ans, n'a pas obtenu de poste adapté à son handicap. Elle a décliné l'offre, elle aussi.

Catherine Bazin s'est vu proposer un poste au Simply Market de Koenigshoffen, dans l'Est. Elle a hésité. La direction lui proposait, signé, un an de loyer. Mais son mari n'a pas voulu. Dommage, elle avait déjà trouvé sa tenue d'Alsacienne, qui seyait bien à la manifestation de protestation contre la fermeture du Simply.

 

Piquet de grève alsacien, le 27 juillet sur le parking de la zone industrielle Nord

«Ils te proposaient un an de loyer? À moi ils n'en promettaient que six mois!
-Oui mais elle, ils voulaient l'envoyer le plus loin possible!
»

Elles rient en chœur. Pour se soutenir, le petit groupe d'anciennes continuent à se voir, et mangent ensemble une fois par mois. «Je pense qu'ils n'ont pas imaginé qu'on serait aussi solidaires.»

Les employées ont été mises en concurrence par le groupe. Aux onze qui ont refusé ces premières propositions, la même liste de onze postes a été soumise, pendant le mois de septembre. Alors les anciennes collègues se consultent, les amies s'organisent pour ne pas solliciter les mêmes places: «entre Villers et Rollin, il n'y a que deux postes.
-On m'avait dit qu'il n'y avait besoin de personne à Rollin.
-Moi j'ai demandé à Corbie mais ils n'ont pas proposé; ni à Albert, le magasin vivote là-bas.
» Certaines ont émis des vœux, essayant de ne pas frustrer leurs collègues. Mais pas toutes.

En attendant de meilleures offres

Christine Landsheere, par exemple, a préféré ne pas répondre à Simply. «Depuis le début j'ai demandé un poste dans un Auchan, mais pour l'instant ils ont fait la sourde oreille. Ça ne m'intéresse pas de partir à l'entrepôt.» Elle semble un peu inquiète, se dit, comme ses collègues, que l'ombre du licenciement plane pour celles qui refuseraient les postes. Mais Catherine Bazin la rassure: «Pour l'instant ils ne nous font que des propositions dans les magasins Simply, mais à terme ils proposeront dans le groupe Auchan dans son ensemble.»

Auchan, Alinéa, Immochan par exemple. À ne pas confondre avec l'ensemble de l'empire Mulliez. Les magasins Décathlon, Kiabi, Leroy Merlin ne sont pas des options pour les anciennes de Simply Market.

L'ouverture des reclassements à Auchan n'est pas privilégiée par les ressources humaines. Christine le sait. Elle avait demandé une mutation pour ce groupe, il y a quelques années. On lui a répondu qu'elle devrait repartir à zéro pour l'ancienneté. Pas vraiment encourageant.

L'avenir du site? Pour ce qu'elles en savent, il n'est pas brillant. Les élus cherchent des solutions, les Simply comptent les points et les élus qui les ont soutenus: Barbara Pompili, Claude Chaidron... En attendant la réponse, les Simply profitent de ces vacances qu'elles n'attendaient pas vraiment. Et espèrent que les prochaines propositions de postes seront enfin adaptées à leurs souhaits, leur situation, leur expérience et leur ancienneté.

Dans l'œil du Télescope

J'ai retrouvé les anciennes employées de Simply dans la galerie marchande des Coursives, jeudi 11 octobre. Elles sont venues à six, mais seules les cinq employées citées se sont exprimées.

Mardi 16 octobre, avant la parution de l'article, j'ai rappelé Catherine Bazin. Ce jour, les Simply qui avaient formulé un choix de reclassement n'avaient toujours pas reçu de réponse de la part de la direction des ressources humaines de Simply.