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«Les lesbiennes sont exclues de la santé»

Le 05 novembre 2012

 

Sarah (à gauche) et Stéphanie (à droite), qui assument leur homosexualité, racontent comment certaines femmes se retrouvent hors des campagnes de prévention.

 

Le Télescope d'Amiens: Octobre rose, vous y avez été sensibles cette année?

Sarah: Non, à vrai dire je n’avais même pas entendu parler de cette manifestation sur Amiens. De toute façon si l’on veut des infos dans le domaine de la santé, il faut aller chercher soi-même sinon on ne les voit pas.

Stéphanie: De manière générale, je trouve que l'on ne parle pas assez de ces questions de santé sexuelle des femmes. Les infections sexuellement transmissibles (IST) sont assez largement évoquées, mais les femmes jeunes comme moi n’entendent pas assez parler de protection du sein.

Et le fait d’avoir une sexualité particulière complique-t-il encore l’accès à la prévention?

Sarah: Dans les documents de prévention qui sont disponibles au centre de dépistage anonyme et gratuit ou chez les gynécologues, il faut bien dire qu’il y a une totale ignorance de la sexualité lesbienne. Quand je vais chez la gynéco, elle me parle contraception, ce qui est complètement inadapté, mais jamais prévention des risques, alors qu’en étant lesbienne, je suis tout aussi exposée aux infections. Il faut malheureusement le vivre pour en prendre conscience. J’ai été moi-même infectée par un papillomavirus que l’on a traité rapidement. À ce moment-là, le stress est important, on a besoin d’avoir des réponses et de se sentir en confiance. Surtout pas de tomber sur un médecin qui n’a pas en tête un certain devoir d’écoute.

Vous sentez-vous en confiance justement pour parler prévention?

Stéphanie: Avant d’assumer ma sexualité, j’avais des pratiques hétérosexuelles, je faisais faire des frottis régulièrement par mon médecin traitant. J’ai déménagé à Amiens en janvier mais je retourne encore voir ce médecin en qui j’ai confiance et qui est au courant de mon orientation sexuelle, même si je dois faire 50km pour aller à Just-en-Chaussée. Le temps peut-être de trouver quelqu’un sur Amiens…

Sarah: Les femmes lesbiennes prennent l’habitude d’échanger entre elles les coordonnées des médecins qui peuvent les comprendre et adapter leurs discours. Pour ma part, je vais voir une gynéco à Lille.

De ce fait craignez-vous que les lesbiennes soient très mal informées de l’importance de prendre soin de leurs corps?

Stéphanie: C’est certain. Aucune de mes partenaires n’était sensibilisée à ce genre de questions. Pour le sein, elles se pensent trop jeunes, alors que même jeune l’auto-palpation des seins, pour vérifier l’absence de boule, peut être utile. Pour l’utérus, elles se croient hors de danger, alors que beaucoup de lesbiennes sont pourtant infectées par le papillomavirus.

Sarah: Les jeunes sont vraiment mal informées. Chez les lesbiennes plus âgées, surtout celles qui sont militantes féministes, il y a un autre rapport au corps, l’idée qu’il faut en prendre soin. L’avantage que nous avons, c’est de pouvoir en parler en couple, à deux femmes on se sent doublement concernées. C’est plus simple par exemple de parler du frottis et c’est bien car c’est aussi une façon de parler de sexualité! Il y aussi toute l’information que l’on peut trouver grâce à des associations comme Aides ou l’association LGBT Flash our true colors sur Amiens.