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Les «ballonistes» cherchent la relève

Le 20 août 2013

Chaque année depuis quarante ans, les championnats de France se déroulent à Amiens, dans le parc de la Hotoie.

Ne cherchez pas d'équipe amiénoise de ballon au poing. Ce n'est pas dans la capitale picarde que les meilleurs joueurs progressent. Les clubs phares sont Senlis-le-Sec, Dernancourt, Bouzincourt, Beauval, Beauquesne... De petites communes rurales qui ne sortent dans un triangle dessiné par Amiens, Doullens et Albert.

Les fidèles de ce sport, les «ballonistes», fournissent environ 500 licenciés à la fédération. Si la diffusion reste si confidentielle, c'est que la pratique est souvent une affaire familiale. «Le ballon au poing ne se développe pas dans les grandes villes, explique Samuel Prévot, président de la Fédération française de ballon au poing. C'est plutôt une pratique qui s'est développée dans le milieu ouvrier rural, comme à Beauval ou à Flixecourt, parmi les ouvriers de l'industrie textile.» Le défi, pour Samuel Prévot, sera de fédérer au-delà des traits historiques de ce sport.

À quoi jouent les «ballonistes»? À un dérivé du jeu de paume. Le poignet serré dans une étoffe de tissu, ils tapent un ballon sur un terrain de 65 mètres de longueur et de douze mètres de largeur. Les deux équipes de six joueurs tâchent, à tour de rôle, de gagner du terrain sur l'équipe adverse.

Ballonistes de père en fils

«Dès que j'avais un ballon entre les mains, je tapais dedans», se souvient Antoine Bouvet. Du haut de ses 19 ans, il est un footballeur confirmé, tout frais signé à l'US Quevilly, en National, la troisième division du championnat de France de football.

Antoine Bouvet, balloniste et footballeur.

Il est également « foncier » dans l'une des équipe de la ville de Beauquesne, l'équipe Beauquesne-Bouvet. Jeudi dernier, son équipe a remporté la finale du championnat de France de ballon au poing, catégorie Excellence. La crème des «ballonistes». Le virus du ballon au poing, ce n'est pas à l'école qu'il l'a attrapé. C'est son père Thierry qui le lui a transmis.

Jeudi dernier, Thierry Bouvet portait le polo noir des arbitres de la fédération. Il l'avoue avec fierté, c'est lui qui a poussé le ballon dans les bras de son fils. «Dès qu'il a eu cinq ans et demi, il a commencé à taper dans la balle. Je pouvais passer des heures à jouer avec lui. J'ai toujours dit que ce serait un grand joueur de ballon au poing: dès le début il avait une très bonne frappe pour son âge», se souvient Thierry Bouvet.

Thierry a connu quelques succès dans sa carrière de "balloniste". En 1988 par exemple, lorsque son équipe remporte le "drapeau" – la récompense du championnat de France – de la catégorie Excellence B. En 2010, alors que son garçon quitte les jeunes pour jouer parmi les adultes, il renfile l'étoffe au poignet pour jouer la même équipe que son fils, pour deux ans, le temps de faire passer leur équipe de Beauquesne-Bouvet de la deuxième catégorie jusqu'à la première A.

Aux championnats de France du 15 août, Thierry Bouvet avait revêtu le polo des arbitres fédéraux.

Le père de Thierry ne jouait pas au ballon au poing. La passion lui est venue au cours de l'adolescence: «J'avais treize ou quatorze ans quand mes camarades m'ont entraîné à jouer avec eux dans le club du village».

Parcours modèles

Ces deux parcours illustreraient bien la façon dont se recrutent les joueurs de ballon au poing. Francisco Bento travaille à temps plein pour la fédération. Son rôle? «Promouvoir notre discipline auprès des plus jeunes et favoriser le développement de la pratique du ballon au poing.»

Il confirme: «ce que je ressens, c'est que la transmission familiale c'est la grande majorité des cas, dans la pratique du ballon au poing. Par le père, l'oncle, etc. Dans les clubs, on trouve certaines équipes avec des membres de la même famille. On peut même dire que dans certains villages, les équipes sont des affaires familiales!»

Cette année, c'est le cas de l'équipe gagnante du drapeau dans la catégorie Excellence: Antoine Bouvet joue dans la même équipe que deux de ses cousins. «C'est le côté très rural et familial du ballon au poing.»

«L'autre phénomène, c'est le recrutement par les copains», ajoute Francisco Bento. Comme dans le cas de Thierry Bouvet.

Recruter à l'école

À côté de ces deux modes de recrutement, Francisco Bento et la fédération explorent d'autres pistes.

La piste scolaire, par exemple. «Lorsque je suis arrivé en 2006, il n'y avait plus de compétitions minime, les effectifs étaient trop bas.» L'éducateur sportif démarche les écoles primaires de la zone d'implantation du ballon au poing, leur propose des trimestres d'intervention auprès des jeunes élèves.

«J'étais souvent très bien reçu pour plusieurs raisons. Tout d'abord les enseignants ont souvent entendu parler du sport, mais sans le connaître: ils en sont assez curieux. Par ailleurs, c'est un sport qui s'inscrit dans un patrimoine culturel ancien.» Et l'entraîneur fédéral n'omet jamais de commencer ses interventions en milieu scolaire par un petit topo historique de la discipline. Succès garanti auprès des professeurs et des élèves

Les résultent finissent par se faire sentir: aujourd'hui la fédération compte 70 licenciés minimes. Ainsi depuis plusieurs années, des championnats minime s'organisent de nouveau entre les huit équipes ainsi formées. Reste à perpétuer ce mouvement au travers d'équipes cadet et junior.

Pénurie d'encadrants

Chaque année, Francisco Bento intervient dans une trentaine d'écoles chaque année. «L'avenir du ballon au poing serait assuré, avec ne serait-ce que 50 enfants licenciés supplémentaires chaque année», estime Francisco Bento. Soit 4 à 5% des 1200 élèves de cycle 3 (CE2, CM1, CM2) qui suivent les initiations de l'éducateur sportif. Ce n'est pas encore le cas.

Par ailleurs, Francisco Bento doit «jongler» entre ses impératifs: faire découvrir la pratique au plus grand nombre, et s'assurer que les enfants qui le souhaitent puisse s'inscrire dans un club à l'issue de son intervention.

«Aujourd'hui, on essaie d'intervenir dans les écoles à proximité des clubs existants» Au-delà de 20 kilomètres, pas facile pour l'enfant de poursuivre la pratique du ballon au poing. Mais ce n'est pas gagné. «Aujourd'hui, notre problème n'est pas de trouver des jeunes motivés, mais plutôt de trouver des encadrants!» Car l'existence d'un club ne signifie pas qu'une équipe jeune puisse être créé et entraînée: il manque souvent des référents.

Le conseil Régional de Picardie finance partiellement l'emploi de Francisco Bento.

«Cette année, la fédération a mis en place des formations. On aimerait, à terme, aboutir à la délivrance de diplômes d'entraîneur fédéral.» Pour le moment, il s'agit de former les encadrants à la pédagogie avec les plus jeunes. «Former des encadrants fédéraux permet aussi de rassurer les parents qui nous laissent leur enfant.»

La fédération ne cherche pas qu'à se développer en milieu scolaire. Elle profite aussi des opportunités offertes par les centres d'accueil de loisir – les centres aérés – pour promouvoir le ballon au poing parmi les jeunes. La réforme des rythmes scolaires pourrait d'ailleurs donner un second souffle à la diffusion du sport dans les campagnes.

Pour intervenir en milieu scolaire, il fait être éducateur sportif et obtenir l'agrément de l'inspection académique. Mais rien de tel n'est nécessaire pour intervenir pendant le temps périscolaire qui sera dégagé par la semaine des quatre jours et demi (voir notre article). En effet, ce seront les mairies qui seront responsables de l'encadrement. Celui-ci pourra donc être assuré par les encadrants formés par la fédération.

Sport des villes, sport des champs

Aujourd'hui, le vrai défi pour Samuel Prévot, c'est de pouvoir sortir le ballon au poing de ses campagnes. «Tant qu'on n'arrivera pas à s'implanter dans les villes ou en péri-urbain, on ne parviendra pas à décupler la pratique du ballon au poing.» Quelles solutions? «Le mieux, ce serait qu'un joueur vienne s'installer en ville et monte un club». Mais ces bonnes volontés sont rares.

Pour promouvoir le ballon au poing, Samuel Prévot (à droite) n'est pas seul. Le conseil général de la Somme a alloué, en 2013 presque 14000 euros de subventions au ballon au poing. Sans compter les maillots des équipes et soutiens logistiques divers. La métropole amiénoise fait aussi partie des soutiens.

Il existe peut-être d'autres solutions. Le championnat de ballon au point en salle se développe grâce à une version simplifiée du jeu. Il existe depuis 20 ans, séduit les filles et permet de jouer au ballon au poing toute l'année !