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Le PG et le PCF s'affronteront le temps des municipales

Le 09 décembre 2013
Par Mathieu Robert

«La situation?, résume Éric Lecossois, secrétaire peu prolixe du PCF amiénois. Le PG ne voulait pas d'alliance avec les différents partis de gauche. Voilà la situation».

Il y a deux semaines, les représentants amiénois du Front de gauche se sont rencontrés une dernière fois pour essayer de faire la campagne ensemble, Parti communiste français (PCF), Parti de gauche (PG) et Gauche unitaire (GU) réunis. Mais ils se sont finalement dit aurevoir le temps des municipales.

Il fallait être fou pour y croire. En effet, mi-octobre, les militants communistes amiénois avaient voté en faveur d'une union de la gauche comprenant le Parti socialiste (PS), alors que les militants du PG refusaient catégoriquement l'idée d'une alliance avec les socialistes, conformément au mot d'ordre national lancé au printemps par leur co-président, Jean-Luc Mélenchon.

Par ailleurs, les négociations entre le PCF et le PS avaient déjà commencé depuis longtemps. Depuis octobre, le secrétariat du PCF d'Amiens avait mandaté deux représentants, Laurent Beuvain et Jacques Lessard, tous deux élus au Conseil municipal, pour négocier avec le candidat du PS, Thierry Bonté.

Cela aurait dû sceller le divorce entre le PG et le PCF. Mais à Amiens, les «militants-diplomates» d'une composante groupusculaire du Front de gauche, Gauche unitaire, dont la vocation semble être de faire vivre le Front de gauche coûte que coûte, avaient jusqu'ici réussi à maintenir un dialogue entre le PG et le PCF. Leur dernière trouvaille: que les deux partis travaillent chacun sur leurs programmes respectifs avant de revenir à la table des négociations.

Motif de rupture: la gratuité des bus

Il y a deux semaines, les responsables du PG et du PCF se sont donc rencontrés pour confronter leurs programmes et voir si une entente était toujours possible. La discussion a tourné court et aucun accord n'a été trouvé. «On s'est rendu compte rapidement que nous n'avions pas la même optique», analyse Jean-Michel Dellis pour le PG.

Cette fois, c'est définitif. Il n'y aura pas de liste Front de gauche à l'élection municipale amiénoise de 2014. Le PG et le PCF seront adversaires. Le motif officiel de rupture: la gratuité des transports en commun.

Il fallait s'y attendre. En effet, Laurent Beuvain avait prévenu en octobre dans nos colonnes: si le PG demande la gratuité des transports dans un éventuel «programme d'urgence» commun PCF-PG, les négociations achopperont. C'est exactement ce qui s'est passé.


Laurent Beuvain (PCF)

Pour les militants du PG, la «tarification sociale» des transports proposée par le PCF n'est pas suffisante: «Pour nous, les transports, tout comme l'école, sont un bien commun de la société. Ils doivent être gratuits pour tout le monde, martèle Jean-Michel Dellis, de toutes façons, nous le payons grâce à nos impôts».

Mais le PCF n'en démord pas, la gratuité n'appartient pas au domaine du possible. «Quand vous êtes aux manettes, ce n'est pas possible surtout dans la conjoncture actuelle», explique Éric Lecossois. Derrière la gratuité des bus, certains communistes voient surtout un prétexte fallacieux de rupture. «Quand on a pris la décision de ne pas prendre le même chemin, il suffit d'une seule proposition qui ne va pas dans votre sens, pour arrêter de discuter», analyse le communiste Serge Compagnon.

«Il n'y aura plus de discussion avec le PCF sur les municipales»

Lors de cette ultime rencontre, le PCF était venu avec dix propositions. Et ce sont les mêmes propositions qui lui servent actuellement pour négocier l'union avec le candidat socialiste, Thierry Bonté. «Sept à huit mesures d'urgence ont été acceptées par le PS, explique Laurent Beuvain, qui ne souhaite pas mettre la gratuité des transports à l'ordre des négociations avec les socialistes. Le PCF ne souhaite pas faire échouer les négociations avec ses actuels partenaires de la majorité, dont ils défendent le bilan.

C'est bien un fossé qui sépare maintenant le PG et le PCF sur la gestion de la Ville. «Dans la synthèse qu'ils nous ont proposé, le PCF était trop dans le défense et la continuité du bilan de la municipalité. Ce que je comprends, puisqu'ils y ont participé , assure Jean-Michel Dellis. Désormais, il n'y aura plus de discussion avec le PCF sur les municipales».

Bref, les deux partis se séparent à Amiens, mais affirment qu'ils restent bon amis. «On s'est retrouvés dans les manifestations parisiennes, c'était serein», assure Jean-Michel Dellis. «Les relations sont courtoises», confirme Éric Lecossois.

Mais cela pourrait ne pas durer. Le co-président du PG amiénois et ses militants comptent bien mener la campagne sans autocensure et critiquer le bilan de la majorité actuelle, qu'elle soit composée ou non de communistes. La première attaque du PG ne s'est pas faite attendre, elle porte sur le comportement des élus: «Les élus sont devenus des fonctionnaires retranchés dans leurs bureaux. On ne les a pas assez vus sur le terrain», lance Jean-Michel Dellis. Les élus communistes apprécieront. «Nous voulons redonner son rôle politique au maire, qui ne doit pas être un professionnel mais un représentant – un ouvrier peut être maire d'une ville comme Amiens – qui peut s'appuyer sur des agents territoriaux dont c'est le métier».

Le PG s'allie à Cédric Maisse et Dolorès Esteban

Pour rajouter un peu de sel aux débats, notons que le PG a annoncé qu'il fera alliance avec le communiste dissident Cédric Maisse. Ce dernier ne retient pas non plus ses coups quand il s'agit d'évoquer la majorité actuelle PS-PCF-EELV. «Jacques Lessard [l'adjoint PCF aux finances, ndlr] va à l'inverse de ce que préconise le Front de gauche», expliquait-t-il, début novembre lors du lancement de sa campagne aux côtés de Dolorès Esteban, du collectif Château-blanc, dont nous vous parlions en juin dernier.


Cédric Maisse

Cédric Maisse est déjà en rupture complète avec les dirigeants de la section amiénoise du PCF. D'abord au conseil municipal où il est élu. Exclu du groupe communiste l'année dernière, il a monté son propre groupe d'opposition, les Communistes en action, avec Fabienne Debeauvais et Maria-Helena Loew, dans lequel il critique vertement la politique menée par la majorité. Il est aussi en rupture avec la section PCF d'Amiens. Mis en congé du bureau de la section amiénoise en mai dernier, après avoir été mis en minorité début 2013, il se repose sur le journal L'Aube nouvelle et sa présence sur le terrain pour diffuser ses idées.

Sur le fond, tout reste à faire entre le PG et Cédric Maisse. «Il n'y pas eu de discussion sur le programme, uniquement sur la stratégie», explique Jean-Michel Dellis. Les deux parties tomberont certainement d'accord sur la gratuité des bus qui est déjà un des piliers du discours de Cédric Maisse. «La campagne de Cédric Maisse est centrée sur une remise en cause de la municipalité, analyse Jean-Michel Dellis. Mais le PG veut aussi apporter des propositions.»

Étienne Desjonquères aurait soutenu une liste Front de gauche

Parenthèse donc au Front de gauche. Les dirigeants du Parti de gauche le regrettent amèrement, et ils ne sont pas les seuls. Étienne Desjonquères aussi. Le premier adjoint de l'actuel maire socialiste Gilles Demailly nous assure qu'il se serait volontiers mis au service d'une liste Front de gauche: «J'aimais beaucoup la dynamique, elle tirait le PCF vers le haut», explique celui qui a soutenu la candidature Front de gauche de Marianne Mugnier aux dernières législatives dans la deuxième circonscription de la Somme, contre la candidate PS-EELV Barbara Pompili.

L'ancien directeur de campagne de Gilles Demailly se dit insatisfait par l'offre politique amiénoise qui se dessine pour les prochaines municipales. Pour lui, le PCF a rejoint «un peu trop facilement» la liste formée autour des socialistes, et Cédric Maisse représente «un versant plus dur du PCF», un homme politique «un peu emprunt du communisme des années 70, un peu trop démago pour quelqu'un qui pourrait être élu à la mairie». C'est dit!

Après avoir lancé en juin dernier un «appel à la société civile pour construire un projet fédérateur de gauche», l'adjoint au maire jette finalement l'éponge. Il a décidé, cet été, de ne pas participer à la campagne, et de se consacrer pleinement au centre culturel Jacques-Tati, où il travaille. «Je ne serait pas candidat pour être sur la liste de qui que ce soit.» «Place aux jeunes», lance-t-il ironiquement, le regard tourné vers la liste des socialistes.