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Le Front de gauche à l'épreuve des municipales

Le 27 mai 2013
Analyse commentaires

Les élections municipales, qui se dérouleront dans moins d'un an, en mars 2014, seront un nouveau test pour le Front de gauche. Cette alliance électorale, née il y a quatre ans, lors des élections européennes de 2009 va affronter son premier scrutin municipal.

Lors des dernières élections municipales, en 2008, le Front de gauche n'existait pas. À Amiens, le Parti communiste français (PCF) avait conclu une alliance avec le PS et les Verts, dès le premier tour, pour soutenir le candidat socialiste Gilles Demailly, aujourd'hui maire. Grâce à cela, le PCF s'est vu attribuer huit places d'élus municipaux. Soit autant de sièges que la principale liste d'opposition, M.P.A Avenir de Brigitte Fouré.

À gauche, le secrétaire de section Éric Lecossois, aux côtés des élus communistes d'Amiens.

Depuis ce scrutin, le Front de gauche est apparu dans le paysage politique national, et il s'y est imposé. Lors des dernières élections présidentielles, le candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, avait obtenu 13% des votes à Amiens. Le NPA, 1,11% et Lutte Ouvrière, 0,68% seulement.

Le Front de gauche est une alliance électorale, notamment composée de partis créés pour le porter. Le parti Gauche unitaire (GU), né en 2009 d'une scission du NPA, compte aujourd'hui une quinzaine de militants à Amiens. Le Parti de gauche (PG), issu en 2009 d'une scission du Parti socialiste, compterait lui une trentaine de partisans. Malgré tout, ces organisations pèsent peu à coté du PCF et ses 200 militants revendiqués à Amiens.

Des tensions qui montent

À l'intérieur du PCF, la coalition avec PS n'a pas fait que des heureux. En septembre dernier, le groupe Communiste et citoyens s'est même divisé au Conseil municipal (voir notre article). Trois élus, Cédric Maisse, Maria-Helena Loew et Fabienne Debeauvais, s'opposaient depuis trois ans à la politique menée par la majorité. 

«On a l'impression que l'on a continué ce que faisait De Robien, mais sans les travaux délirants, expliquait alors Cédric Maisse. Nous aurons un bilan affreux aux prochaines élections.» Ils ont finalement décidé de fonder leur propre groupe, Communistes en action.

Au sein du Front de gauche, la question des municipales commence également à diviser. Lors du congrès du Parti de gauche, le 23 mars dernier, son co-président Jean-Luc Mélenchon expliquait le souhait de son parti de monter des listes autonomes Front de Gauche, dès le premier tour des municipales, dans «une soixantaine de grandes et moyennes villes». 

Une pré-liste avait été communiquée dans laquelle ne figurait pas Amiens. Mais Jean-Luc Mélenchon invitait les responsables locaux à «prendre contact avec (leurs) partenaires du Front de Gauche et tous ceux qui, à gauche, refusent la politique d’austérité du gouvernement, pour avancer sur ces listes.»

Le Parti de gauche s'affirme au niveau national

De son côté, le Parti communiste, allié au PS dans de nombreuses villes, ne veut pas rompre les relations qu'il entretient avec son allié de 2008, au risque de perdre de nombreuses places d'élus locaux et la manne financière qui en découle. Chaque élu communiste est tenu, en principe, de reverser une partie de ses indemnités au Parti  ; ainsi en 2011 le budget du PCF était composé à 46% des reversements des élus.

Durant le congrès du Parti de gauche, le secrétaire national François Delapierre a enfoncé le clou en qualifiant le socialiste Pierre Moscovici de «salopard». Des propos qui ne sont pas passés inaperçus au PCF. «Notre partenaire privilégié, c'est le Front de gauche, mais sans tabou, explique Laurent Beuvain, chef du groupe Communistes et citoyens à la mairie d'Amiens. On ne peut pas exclure de parler aux «salopards», dixit Mélenchon (sic). Le Front de gauche, en ce moment, c'est Jean-Luc Mélenchon à toutes les sauces. Il est bien gentil, mais quand il sombre dans la vulgarité, ça me gêne

À Amiens, le PCF acceptera-t-il de conduire une liste Front de gauche autonome au premier tour, au risque de froisser ses alliés du PS et de perdre quelques places d'élus au conseil municipal? Rien n'est arrêté, assurent les différentes composantes du Front de gauche.

Une liste Front de gauche au premier tour?

Sur le fond, le Parti de gauche est bien décidé à conduire une liste autonome, même à Amiens. «Nous sommes favorables à une liste autonome vis-à-vis du Parti socialiste et de la politique austéritaire menée par le gouvernement, assure le secrétaire départemental du Parti de gauche, Jean-Michel Dellis. Son parti n'ira néanmoins pas à la rupture. Cela se décide démocratiquement au sein du Front de gauche. Certains de nos partenaires, le PCF pour ne pas les nommer, ont d'autres stratégies. Ils veulent conserver des élus pour continuer le travail qu'ils ont commencé.»

De son côté, le PCF n'écarte pas une alliance avec le PS. Alors les dirigeants plaident pour la singularité d'un scrutin municipal, éloigné des enjeux nationaux. «Si certains pensent qu'ils vont pouvoir récolter des voix sur le mécontentement vis-à-vis de Hollande, ils se gourent. Selon un sondage CSA, 62% des électeurs ont l'intention de voter sur des considérations locales, analyse Joël Carliez, secrétaire départemental du PCF. Nous voulons asseoir notre identité, mais il ne faut pas oublier que ce sont des élections municipales.»


Joël Carliez, secrétaire départemental du PCF

À Gauche unitaire, la question n'a pas encore été tranchée, même à l'échelle nationale. «Une conférence nationale, prévue les 8 et 9 juin, a vocation à adopter une position sur les municipales», explique le secrétaire départemental du parti, Julien Vicaine.

«Les débats ne sont pas en terme d'alliance, mais de majorités de gauche à même d'intervenir localement pour limiter les effets de la crise, élude-t-il. La discussion sera de savoir où on place le curseur. Notre objectif, c'est de travailler dans le cadre du Front de gauche. Aux municipales, la situation est différente dans chaque ville.»

En attendant, débattre du contenu

Pour ne froisser personne, le PCF propose de commencer par travailler aux propositions que pourrait porter le Front de gauche à Amiens. «À la différence d'hier, il n'y aura pas d'accords électoraux préétablis, explique Joël Carliez. C'est sur la base du projet que nous définirons les alliances».

Le 4 mai dernier, le PCF a donc lancé la campagne à gauche du PS, en annonçant une série d'ateliers thématiques «pour la construction d'un projet ouvert aux réflexions de toutes et tous, et notamment de la population amiénoise». Mais ces journées sont «à l'initiative du PCF», tenait à préciser Laurent Beuvain, non à l'initiative du Front de gauche, même si les militants des autres partis sont invités. 

«Depuis 93 ans d'existence, le PCF s'est toujours prononcé en tant que parti, veut rappeler l'élu municipal. Le Front de gauche a valeur à rassembler, mais le PCF ne doit pas s'effacer complètement. Pour autant, nous ne voulons pas dicter notre loi comme le PS en son temps.»

Conférence de presse des communistes amiénois, le 4 mai dernier

«Nous sommes plutôt pour organiser des ateliers Front de gauche pour faire le bilan de la municipalité, construire un programme et discuter ensuite sans exclusivité, ajoute Julien Vicaine, de Gauche unitaire. Mais le Front de gauche n'est pas un parti. Chaque parti qui le compose est libre de son organisation.»

De son côté, le PG compte également organiser des conférences sur les municipales. Mais on dément toute tension avec le PCF  : «À chaque réunion du Front de gauche, il y a vraiment un fonctionnement de confiance, assure Jean-Michel Dellis. C'est un rapport d'intelligence, pas un rapport de force.»

Que se passera-t-il à l'issue de ces ateliers et conférences ? Comment pourraient se créer un éventuel programme commun ou des propositions PCF-PG-GU pour les municipales? «Je n'en sais rien du tout, il est encore trop tôt, concède Jean-Michel Dellis. Et puis le Front de gauche, c'est compliqué. Ce n'est pas un parti, c'est un rassemblement. Une réunion est prévue entre les différents responsables pour définir un agenda. Au PG, ce sont nos premières élections municipales. On improvise un peu. Le PCF est plus rodé que nous, ils ont un peu d'avance.»

«Dans chaque composante du Front de gauche, nous allons consulter les militants en octobre, indique le responsable départemental du PCF, Joël Carliez Dans le département, il y a très peu de militants en dehors du PCF, mais nous allons tout de même discuter. Nous arbitrerons ensemble le point d'arrivée. Il sera différent dans chaque ville.»