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Le FN vise une cinquantaine de listes dans la Somme

Le 04 juillet 2013
Article commentaires
Par Fabien Dorémus

Yvon Flahaut, secrétaire du FN dans la Somme.

«On espère avoir des élus. Il faut rentrer dans les mairies pour avoir accès aux dossiers.» Le Front national (FN) n'a visiblement pas l'intention de faire de la figuration lors des prochaines élections municipales.

Dans la Somme, le parti d'extrême droite entend présenter une liste par canton. «C'est une moyenne», précise Yvon Flahaut, le secrétaire départemental du FN. Car dans certains endroits de la Somme les électeurs seraient plus disposés qu'ailleurs à mettre un bulletin Front national dans l'urne. C'est le cas de toute la côte picarde, selon Yvon Flahaut. «Quelques villes sont prenables là-bas», affirme-t-il. Au Crotoy, par exemple, Marine Le Pen est arrivée en tête au premier tour des élections présidentielles de 2012 en totalisant près de 37,5% des suffrages exprimés. Pas étonnant donc que le FN songe à présenter bon nombre de listes dans l'extrême ouest du département.

«Dans l'est aussi, c'est pas mal», se réjouit Yvon Flahaut. L'autre zone à fort potentiel pour l'extrême droite serait située dans le Santerre. La ville de Péronne aura d'ailleurs sa liste FN. Même si, traditionnellement, ce n'est pas dans les villes importantes que les scores du parti sont les meilleurs.

Liste «en construction» à Amiens

À Amiens, il n'y avait d'ailleurs pas de liste frontiste lors des dernières élections municipales en 2008. En revanche en 2001 et 1995, une liste FN avait recueilli respectivement 5,4% et 10,2% des voix au premier tour dans la capitale picarde. Notons qu'en 2001, le FN était directement concurrencé par une liste du Mouvement national républicain (MNR), créé par Bruno Mégret suite à une scission dans le parti de Jean-Marie Le Pen. Cette liste du MNR avait recueilli 2,5% des suffrages. Pour 2014, une liste «est en construction» à Amiens. Mais aussi à Abbeville ou à Flixecourt, commune dans laquelle le FNJ (Front national jeune) semble bien implanté.

Nationalement, le parti lepéniste a prévu trois configurations pour les prochaines municipales. «Les listes seront soit sous l'étiquette FN, soit sous la bannière du Rassemblement bleu marine [coalition électorale créée en 2012, rassemblant des micro partis souverainistes autour du FN, ndlr], ou alors juste soutenues par le Front national.» Le plus célèbre exemple de ce dernier cas se trouve à Béziers (Hérault) où l'ancien dirigeant de Reporter sans frontière, Robert Ménard, se présente à la mairie «soutenu par le FN».

Dans la Somme, il est encore trop tôt pour savoir sous quelles formes vont se présenter les listes d'essence frontiste. À Gamaches, dans la vallée de la Bresle, le candidat UMP Arnaud Cléré avait déclaré vouloir l'allier avec le FN. Exclu de son parti, il a ensuite adhéré au Siel (Souveraineté, indépendance, et libertés), l'une des composantes du Rassemblement bleu marine. «Ça a été une surprise pour la presse mais, pour nous, pas vraiment», sourit Yvon Flahaut.

Pas de lien avec les groupuscules locaux

Le secrétaire départemental du FN assure par ailleurs qu'il «n'y aura aucun accord électoral avec l'UMP». D'autres alliances pourraient-elles voir le jour ? Par exemple avec le Picard crew, groupuscule local d'extrême droite ? «Nous avons autant de lien avec eux qu'avec l'extrême gauche, c'est-à-dire aucun», répond Yvon Flahaut. Et de poursuivre : «Qu'est-ce qu'ils représentent ? Ce sont des gens avec des bombers et des packs de bières. Le FN n'est pas là pour faire des réunions de nuit. Nous, on fait de la politique.»

Le Picard crew est en revanche proche du Parti de la France, représenté dans la région par Thomas Joly. Cette organisation politique a été créée en 2009 avec des anciens du Front national comme Carl Lang. Quel lien entretien le FN avec le Parti de la France ? Yvon Flahaut indique ne presque pas les connaître. «Leur programme, on le connaît pas. Ça semble tirer plus sur l'extrémisme : ils ont l'air d'être surtout opposés au hallal, et sont contre l'immigration totale.»

Les étrangers, pourquoi pas, mais...

La vision de l'immigration serait divergente entre le FN et le Parti de la France. «Nous, on dit que l'immigration doit être gérée, que le pays peut accueillir les gens dont il a besoin.» Il donne l'exemple du manque de médecins dans les campagnes : «S'ils viennent d'un pays étranger, pourquoi pas.» Mais il ne vaut mieux pas que le ressortissant étranger perde son emploi. Il aura alors de sérieux problèmes. C'est Marine Le Pen, elle-même, qui l'a déclaré il y a quelques jours au micro de la radio France Inter : un étranger, même s'il travaille en situation régulière sur le sol français depuis des décennies, devra faire ses valises s'il perd son emploi.

Mais Yvon Flahaut l'assure, «au Front national, on donne à voir autre chose que les problèmes d'immigration», prétendant même que, déjà, quand Jean-Marie Le Pen était à la tête du parti, «il apportait des solutions pour le pays mais on ne voulait pas l'entendre». La faute aux médias. C'est le regard des gens «et des journalistes» qui aurait changé.

Pourtant, en jetant un œil aux affiches du FN, entre 1977 et aujourd'hui, on constate une certaine cohérence dans le choix de la thématique.



Trois affiches du Front national, sorties entre 1977 et 2009.

«Le FN, c'est un livre. Avant on ne voyait que la première page qui concerne l'immigration. Mais avec Marine Le Pen, on tourne les autres pages», se félicite le secrétaire départemental. Il admet cependant que «le programme a changé» depuis l'arrivée de Marine Le Pen.

Plusieurs centaines d'adhérents dans la Somme

En son temps, Jean-Marie Le Pen affichait sa sympathie à l'égard de l'ultra-libéral président des États-Unis Ronald Reagan (voir la vidéo). Aujourd'hui, comme le note le journal Le Monde, le Front national se bat désormais pour «bâtir un État fort et stratège» qu'il conspuait jadis.

Le Front national revendique «entre 600 et 700 adhérents et autant de soutiens» dans la Somme. Mais cela n'a pas toujours été le cas. «Lorsque j'ai repris contact avec le FN en 2007, il restait trente adhérents.» Yvon Flahaut est revenu vers le FN en 2007 mais connaissait déjà bien le parti.

Il a pris sa première carte au FN il y a 25 ans, alors qu'il était âgé d'une vingtaine d'années. «Je suis originaire d'ici mais j'ai commencé à travailler dans les Yvelines, c'est là-bas que j'ai adhéré.» C'est en résidant en région parisienne qu'il a pu également rencontrer à plusieurs reprises Jean-Marie Le Pen, dans son hôtel particulier à Saint-Cloud (Haut-de-Seine).

Yvon Flahaut revient ensuite dans la région mais arrête de militer au FN, «par manque de temps». Il a alors «des activités dans l'automobile» et adhère au Medef, l'organisation patronale. «J'ai même voté pour Laurence Parisot, indique-t-il, mais je pensais qu'elle défendrait les entrepreneurs français, les artisans, les commerçants alors qu'elle n'a défendu que les grosses firmes.» Aujourd'hui, le secrétaire départemental du FN est «propriétaire bailleur». Il loue des biens immobiliers dans la Somme et le Pas-de-Calais.

La peur des délocalisations

Depuis 2007, le nombre d'adhérents du FN dans la Somme aurait explosé. «On a eu une forte augmentation quand Marine Le Pen est devenue présidente.» Puis, ont suivi plusieurs pics d'adhésions, à la suite de passages télévisés de la présidente du parti, «mais surtout quand il y a des fermetures d'entreprises». Selon Yvon Flahaut, les nouveaux adhérents du Front national sont des gens qui «ont peur de perdre leur travail à cause de la mondialisation». Mais pas seulement : «Ils nous parlent des problèmes de remboursement de médicaments, des faibles retraites, etc.»

Les retraites, justement, quelle est la position du Front national sur la réforme des retraites qui se profile à l'horizon ? «On a le courage de dire qu'en 2010 Sarkozy a eu le mérite d'ouvrir le dossier. Et on est d'accord avec ce qui existe actuellement, assure Yvon Flahaut. Après, on ne sera pas forcément d'accord avec ce que va proposer le PS, mais il faut travailler le dossier.»

Dans l'œil du Télescope

J'ai rencontré Yvon Flahaut mardi matin à Amiens.