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La droite prend les rênes de la capitale picarde

Le 31 mars 2014

Même résultat, même ambiance. Au local de campagne de Brigitte Fouré hier soir, les militants ont laissé éclater une joie attendue. Il faut dire que les résultats du premier tour ne laissaient guère de doute sur l'issue final des élections municipales à Amiens.

Pour rappel, dimanche dernier la liste du rassemblement de la droite (UDI-UMP-Modem-DLR) avait déjà recueilli 44,8% des suffrages exprimés alors que la liste menée par Thierry Bonté (PS-PCF-EELV-MRC-PRG) accusait un retard de plus de vingt points (24,65%). En troisième position le Front national se qualifiait pour le second tour avec 15,55%. Le tout dans un contexte d'abstention record (48%).

Hier, un peu plus d'Amiénois se sont rendus aux urnes, mais pas de quoi changer la donne. Le taux d'abstention a seulement reculé à 46,6%. Et au final, Brigitte Fouré a réussi à capitaliser suffisamment de voix pour que la liste Rassemblés pour agir dépasse la barre des 50% de suffrages exprimés.

«C'était un objectif pour nous de réunir plus d'un Amiénois sur deux, on va désormais pouvoir travailler dans de bonnes conditions, expliquait-elle hier. Ce soir je sens la responsabilité qui pèse sur mes épaules et j'espère que nous serons tous à la hauteur pour qu'Amiens soit plus présente sur la scène nationale et internationale.»

Brigitte Fouré, victorieuse, a salué le «travail de fourmi» de son équipe.

Selon elle, deux éléments essentiels ont contribué à sa victoire. D'abord le «travail de fourmi» réalisé par son équipe tout au long de la campagne durant laquelle «les 71 000 sonnettes de la ville ont été tirées». Ensuite, Brigitte Fouré loue l'union politique réalisée dès le départ de sa campagne, du Modem jusqu'à Debout la République, en passant évidemment par l'UDI et l'UMP.

«Les Amiénois ont voulu des élus qui soient proches d'eux», analysait encore la nouvelle maire d'Amiens hier soir. Son score de 50,39% permet a sa liste d'emporter 42 sièges sur 55 au conseil municipal d'Amiens, et trente-quatre sièges (sur 93) au conseil d'Amiens métropole qu'Alain Gest s'apprête à diriger dans quelques jours.

À gauche, les colistiers de Thierry Bonté ne seront que 9 dans l'assemblée municipale et 8 dans l'assemblée métropolitaine. Les reports de voix n'ont pas suffi à rattraper Rassemblés pour agir qui garde 17 points d'avance à l'arrivée. Pour la tête de liste d'Osons Amiens, Thierry Bonté, l'issue faisait peu de doutes: «Avec dix points de moins que Brigitte Fouré au premier tour, cela aurait été possible. Mais on n'inverse pas une telle tendance en une semaine, ce n'est pas possible».

«Les résultats sont de plus en plus difficiles à lire»

Ce qui a manqué à la liste de gauche, c'est la participation. Là où tout le monde espérait un «sursaut» d'hypothétiques «forces de gauche» au second tour, la participation n'a que peu progressé.

Au QG de campagne du PS, les élus locaux n'ont pu que constater la démobilisation des électeurs.

Au centre des débats avec ses adversaires, le tramway, porté par le vice-président aux transports, voté par les élus métropolitains, rejeté par tous les autres candidats à l'élection amiénoise. Entre les deux tours, Thierry Bonté a pourtant tenté un coup: il a expliqué qu'il conditionnerait son projet à un référendum citoyen... Trop tard? «Je n'ai pas l'impression que la question du tramway a été déterminante, même si cela a été débattu par nos adversaires, assure-t-il. Le contexte national a beaucoup joué».

À chaud dans la soirée, alors que les résultats définitifs n'étaient connus que pour une moitié des bureaux de vote, le candidat évoquait son incompréhension. «Les résultats des élections sont de plus en plus difficiles à lire. On ne retrouve plus la fidélité de certaines catégories socio-culturelles, les électeurs n'obéissent plus aux leaders d'opinion, aux candidats lorsqu'ils appellent au report des voix. Plus personne ne peut se revendiquer propriétaire de paquets de voix. Et puis on entend la désaffection de la politique, l'idée que ça ne sert à rien de voter».

L'étiquette PS a-t-elle desservi Thierry Bonté? Il s'esclaffe: «Ça nous a coûté cher de porter l'étiquette PS, c'est certain, même si on a voulu faire une liste de large rassemblement, non partisane. Mais le gouvernement, Hollande, le PS: il y a eu un véritable rejet de la part de la population». 

Des opposants déterminés à siéger

Quoi qu'il en soit, le candidat siégera au conseil municipal. «Nous verrons plus tard sous quelles modalités». Qui seront les huit autres colistiers d'Osons Amiens à siéger à ses côtés pour animer l'opposition? Pour l'instant, on l'ignore.

Avec quatre élus, le Front national (FN), quant à lui, revient dans l'assemblée municipale. Yves Dupille, la tête de liste d'Amiens bleu marine, fait ainsi son grand retour après avoir déjà siégé au conseil municipal de 1983 à 1989 sous les étiquettes successives du RPR et du FN, puis de 1995 à 2001, sous la bannière du FN toujours.

Yves Dupille ne votera «probablement pas» les budgets.

Désormais élus, quel rôle lui et ses colistiers comptent-ils jouer? «On est très clairement dans l'opposition, répond-il, mais une opposition constructive. On ne va probablement pas voter les budgets mais en ce qui concerne les projets, on verra au cas par cas.» Yves Dupille n'apporte pas davantage de précisions: «On ne peux pas préjuger [de ce que va faire la nouvelle majorité, ndlr], leur programme est flou. Mais de toute manière à Amiens, il y avait un tel rejet des socialistes que n'importe qui à droite l'aurait emporté.»

Dans l'œil du Télescope

Mises à jour le 31 mars 2014: la liste de Brigitte Fouré obtiendra 34 sièges à la métropole (et non trente-six) et rectifications sur l'abstention du second tour dans les graphiques.