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Goodyear : les reclassements en attendant la reprise

Le 04 mars 2014
Article commentaires
Par la rédaction du Télescope

Première vague. Les 3 et 4 février dernier, 456 employés de l'usine amiénoise Goodyear ont reçu une lettre de licenciement. Ceux-là ont débuté, s'ils le souhaitaient, une période de congés de reclassement à l'issue de laquelle ils seront officiellement licenciés : dix-huit mois pour les salariés de moins de 45 ans, vingt-quatre mois pour les plus anciens.

Durant ces congés, la société Goodyear est tenue par le Plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) de leur proposer des solutions pour rebondir professionnellement, un après-Goodyear. Cette tâche a été attribuée à la société Sodie, qui a installé la cellule de reclassement – ou Point d'information conseil (Pic) – dans la Zac de la Croix de fer de Boves.

Après avoir été boycotté par la CGT, le travail de la cellule de recrutement est suivi de près par les syndicalistes. La cellule de reclassement «nous a coûté une blinde dans l’enveloppe globale. Il faut que ça fonctionne, on ne peut pas être dans l’à peu près quand on donne des réponses à des gens qui perdent leur boulot. C’est trop important», tonnait le syndicaliste Mickaël Wamen durant première réunion de la Commission de suivi centrale du PSE, le 12 février dernier, selon le compte-rendu établi par la CGT. «On nous a dit que vous étiez la Rolls-Royce des cellules de reclassement, mais maintenant il va falloir que ça aille vite.»

Les salariés qui n'avaient pas reçu de lettre le 4 février – ils étaient plus de 500 - ont reçu courant février des propositions de reclassement en interne, à Riom, Montluçon ou Rueil, pour 150 postes dans la filiale française de Goodyear (GDTF). Certains ont même reçu une offre ferme. S'ils la refusaient, ils recevaient après une période de quinze jours une lettre de licenciement. Ceux qui n'ont pas reçu d'offre ferme ont reçu directement une lettre de licenciement.

Cette séquence des reclassements internes – également gérée par la Sodie - devrait s'achever, dans le courant du mois de mars, par le licenciement de tous les salariés.

À l'issue du congé de reclassement, tous recevront une prime de départ, négociée jusque dans les semaines qui ont précédé l'envoi des premières lettres de licenciement. 20000 euros pour les salariés qui n'ont qu'une année d'ancienneté, jusqu'à 102 000 euros pour les plus anciens, selon l'accord signé le 22 janvier dernier entre la CGT et la direction.

Certains salariés partiront à la retraite à l'issue de leur congé de reclassement. «Il y en a peut-être 200 qu’on peut sortir en sachant que leur affaire est réglée, parce qu'ils partiront en retraite pendant la période de reclassement, ou tout du moins pendant la période de reclassement et de chômage partiel», a estimé le syndicaliste Mickaël Wamen durant la réunion de la Commission de suivi centrale du PSE, le 12 février dernier.

Poursuite aux Prud'hommes

Le jeudi 7 février, la CGT avait réuni les salariés à la salle Valentin-Haüy d'Amiens. L'équipe de syndicalistes se prépare à contester le motif économique du licenciement. Comme le gouvernement n'aura pas permis de le faire avant les licenciements, il faudra attendre que ceux-ci soient prononcés pour tenter de faire condamner Goodyear. Un collectif va se créer afin d'attaquer l'entreprise aux prud'hommes. La défense de ce collectif sera assurée encore et toujours par l'avocat Fiodor Rilov.

Les Goodyear d'Amiens suivront la même procédure qu'ont lancé avant eux les Conti de Clairoix, qui ont obtenu en août dernier, quatre ans après la fermeture de l'usine, une indemnité équivalente à deux ans de salaire, selon les informations obtenues par le magazine L'Usine nouvelle.

En attendant la fin de ces longues procédures, pas de nouvelles de Maurice Taylor, le PDG du pneumaticien américain Titan, qui avait annoncé fin 2013 par la voix du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg son intention de reprendre l'usine d'Amiens et 333 de ses employés, après que le conflit entre les salariés et la direction ait été soldé.

Ce dernier s'est livré aux journalistes de Paris Match, dans un article paru le 25 février dernier. «Si Goodyear nous vend l’usine, nous devrons la remettre sur pied. Je ne vais pas embaucher des gens pour qu’ils lisent les journaux à la cantine!»

Dans ce même article, Mickaël Wamen expliquait à Paris Match sa conviction que l'Américain embaucherait plus que 333 employés sur le site. «Cet hurluberlu va rentrer dans la danse et dire qu’il est le sauveur. Alors que tout est joué depuis 2009. Le gouvernement sait qu’il n’y aura pas 333, mais 500 emplois repris, et il se tait pour préserver son effet d’annonce. D’ailleurs, 333 postes ne suffiraient pas pour faire tourner l’usine sept jours sur sept!»