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Goodyear: le soutien discret de la CFDT auvergnate

Le 11 mars 2013

La semaine dernière, le comité central d'entreprise (CCE) du groupe Goodyear France était réuni à Rueil-Malmaison en région parisienne. Dans la rue, policiers et ouvriers s'affrontaient sur le pavé. Dans les bureaux, un tout autre combat commençait.

Deux syndicats de salariés ont profité de cette réunion pour voter d'importantes délibérations. Il s'agissait de contester, au nom du CCE, la validité de la procédure d'information et de consultation mise en place par le groupe Goodyear avant l'exécution de son PSE. Le but: retarder les licenciements. Une stratégie de judiciarisation, qui a permis depuis six ans d'éviter tout plan social à Amiens nord, et que l'on attribue généralement à la CGT.

Parmi les signataires on comptait deux délégués CGT bien sûr, mais aussi deux délégués CFDT sans qui le texte n'aurait pas pu être voté en CCE. Les deux syndicats reprochent à la direction d'avoir commis quatre erreurs dans le déroulé de la procédure: «Non consultation des membres du GICF (forum européen) concernant la fermeture d'Amiens nord, imprécision et manque d'informations sur 22 questions que nous leur avons posées, transfert dissimulé de la production sur d'autres sites en Europe, mesures sociales insuffisantes compte tenu de la taille de l'entreprise Goodyear», énumère l'un des signataires, Didier Raynaud, délégué central CFDT pour l'usine Goodyear de Riom dans le Puy-de-Dôme.

«Berger, il dit ce qu'il veut...»

La CGT et la CFDT main dans la main pour attaquer en justice Goodyear. Une situation qui pourrait paraître paradoxale après le lynchage médiatique qu'a subi la CGT Goodyear à Amiens nord depuis l'annonce par la direction de son intention de fermer l'usine.

La CGT Goodyear et son délégué Mickaël Wamen sont accusés de judiciariser le conflit (d'après le syndicat Sud d'Amiens nord) ou d'être dogmatique (selon le nouveau secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger). «La direction et l'organisation syndicale majoritaire [la CGT, ndlr] portent une responsabilité dans ce qui se passe, (...) à part égale», a déclaré ce dernier. Il reproche à la CGT une «position dogmatique. On voit bien que, quand il y a des dogmes, et pas de volonté de sauver l'emploi, on va dans le mur.»

Pourtant chez Goodyear, la figure de Laurent Berger ne semble pas plaire à tout le monde, même à la CFDT : «Berger, il dit ce qu'il veut...», répond sèchement Didier Raynaud, délégué central CFDT Goodyear, quand on évoque les propos de son secrétaire général. «Je ne l'ai jamais rencontré, il ne m'a jamais téléphoné. Moi, je dois être dans l'action, sur le terrain. Et ici, nous prenons conseil auprès de notre cabinet d'avocat, de notre expert comptable et de notre fédération, la FCE [Fédération chimie énergie, ndlr]».

Aucune solidarité affichée avec le nouveau secrétaire de la CFDT. Mais avec la CGT d'Amiens nord, c'est différent.

«Si on est dans cette situation, c'est aussi grâce à la CFDT»

«Il existe davantage de diversité à l’intérieur des syndicats qu’entre les syndicats eux-mêmes. FO compte des éléments très radicaux en son sein, ce qui explique en grande partie que la centrale n’ait pas voulu signer cet accord. La CFDT est également très hétérogène», expliquait la semaine dernière, l'économiste Bernard Gazier, pour Mediapart. Un constat que l'on a encore pu vérifier avec la CFDT de Sanofi la semaine dernière. La centrale a très mal compris que le coordinateur CFDT de l'entreprise pharmaceutique ait appelé à manifester contre les licenciements boursiers aux côtés de la CGT mais surtout aux côtés du Front de Gauche et du NPA.

Chez Goodyear aussi, la CFDT de l'usine Riom dans le Puy-de-Dôme sera aux côtés de la CGT, cette fois pour empêcher que le PSE soit mis à exécution. «On a toujours dit à la direction que si elle mettait en place un PSE, nous irions en justice», explique Didier Raynaud. «Cela ne nous pose pas de souci. Rien n'empêche la direction de revenir négocier un plan de départs volontaires». Et ce n'est pas la première fois. Depuis six ans, la CFDT affirme avoir toujours soutenu la CGT dans ces actions en justice décidées en comité central d'entreprise. Une attitude ferme et frontale. «Nous n'étions pas présents au tribunal, mais nous avons voté les délibérations au CCE».

Les syndicats, l'un à Amiens, l'autre Riom, semblent proches dans leurs actions. Au point que Didier Raynaud revendique le bilan de la CGT à Amiens nord: «Au CCE, la CGT ne peut pas agir seule. Si aujourd'hui nous sommes dans cette situation, qu'il n'y a toujours pas eu de licenciements après six ans, c'est aussi grâce à l'aide de la CFDT.»

La CGT garde ses distances

Faux, répond Wamen. La CGT n'aurait pas besoin de la CFDT. «Il y a des délibérations qu'ils ne votaient pas, cela ne nous a pas empêché d'aller en justice.» Sur leur site internet, la CGT est plus reconnaissante. En octobre 2012, elle expliquait: «En 5 ans, sans la CGT au CCE, aidée de la CFDT, il y aurait eu 5 votes favorables pour les PSE». La situation est plus délicate depuis deux ans, puisque la CGT n'est plus majoritaire au CCE de Goodyear. Avec deux délégués, la CGT a besoin des deux délégués CFDT pour faire passer des délibérations. Et ce depuis que la CGT a perdu la majorité sur le site Goodyear de Montluçon (700 salariés) en 2011 au profit de la CFDT.

Pour autant, la CGT reste méfiante vis à vis de la CFDT Goodyear. «C'est une organisation syndicale capable de voter la présentation du rapport du cabinet Sécafi [à laquelle la CGT s'est opposée, ndlr] et d'attaquer la direction en contestant la légalité du CCE», analyse Mickaël Wamen. «Et puis ils défendent l'accord de sécurisation du travail contrairement à la CFDT Sanofi par exemple». Sur le blog de la CGT Goodyear, la CFDT Goodyear est décrite à maintes reprises comme trop proche du patronat.

Une CFDT à l'écoute de l'avocat communiste Fiodor Rilov

Pourtant la CFDT de Riom prend ses conseils auprès de la même personne que la CGT, l'avocat communiste Fiodor Rilov. «Si nous en sommes là, c'est aussi grâce à Maître Rilov», explique sans complexes Didier Raynaud. L'avocat parisien a trouvé chez les cédétistes de Riom, une oreille attentive.

«Nous ne ne suivons pas la CGT, nous suivons les conseils de Maître Rilov, nous votons souvent les délibérations qu'il propose. Attention, on les modifie à notre sauce, même si souvent, il n'y avait pas grand chose à dire. D'ailleurs localement, à Riom, nous entamons le même type de procédure qu'à Amiens nord avec un avocat proche de Maître Rilov. Nous attaquons la direction parce que nous estimons qu'une des réunions du CHSCT était prématurée.»

Pour Didier Raynaud, les différences de point de vue avec la CGT se situent au niveau du projet pour l'usine. «Nous ne défendons pas les mêmes pistes. Nous sommes pour négocier des départs volontaires, la CGT est partie sur l'idée d'une Scop. Nous ne pensons pas qu'une Scop pourra reprendre plus de salariés qu'un repreneur. Mais dans le fond nous sommes d'accord pour limiter la casse».