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En attendant le Parti communiste

Le 30 septembre 2013
Analyse commentaires
Par Mathieu Robert

Ils se sont lancés. Vendredi matin, Cédric Maisse, Fabienne Debeauvais et Claude Chaidron, tous membres du Parti communiste français (PCF), ont annoncé lors d'une conférence de presse qu'ils se lançaient dans la course des municipales à Amiens.

La liste qui sera présentée en mars prochain est encore loin d'être constituée. Mais la campagne commence autour d'une équipe de communistes constituée des trois élus en dissidence (voir notre article) du conseil municipal d'Amiens et du conseiller général d'Amiens ouest, Claude Chaidron, ancien soutien du mouvement Colère et espoir de Maxime Gremetz, revenu au Parti communiste après la création du Front de gauche.

Le père de Cédric Maisse, Gérald, conseiller général du canton Amiens nord-ouest, soutient également la liste emmenée par son fils, mais ne pourra y participer n'habitant pas à Amiens même. Ces élus appellent également la militante de l'association Château-Blanc, Dolores Esteban, à les rejoindre. Dolores Esteban avait lancé en mai dernier un «appel à la constitution d'une liste municipale réunissant des Amiénois d'horizons divers, les plus larges possible, écologistes, socialistes, communistes, citoyens déçus de la municipalité actuelle.»



Fabienne Debeauvais, Cédric Maisse, Claude Chaidron, Gérald Maisse

Le positionnement politique de la liste, c'est «la rupture avec les politiques d'austérité» et l'autonomie vis-à-vis du Parti socialiste (PS). En somme, cette liste composée de communistes en minorité dans leur parti, n'assume pas du tout le bilan de la municipalité PS-PCF-EELV.

Les élus disent répondre à un besoin à gauche. «Il y a un rejet d'une partie de la population vis-à-vis de l'actuelle municipalité. On entend des électeurs de gauche qui s'inquiètent», estime Cédric Maisse, pour qui le programme de la liste PS-PCF-EELV, «Unis et Solidaires», conduite par Gilles Demailly et sur laquelle il a été élu, n'a pas été réalisé.

«On ne peut plus attendre»

En détails, la critique porte plus spécifiquement sur les grands projets comme la citadelle, «elle a été imposée par Demailly, jamais il n'y a eu de discussion». En somme, la promesse «l'homme avant le béton» faite en 2008 par l'équipe Demailly, n'aurait pas été respectée. «Une des pierres angulaires, c'était de donner la parole aux habitants, résume Cédric Maisse. Les conseils d'habitants n'ont pas marché. Pendant les balades urbaines, les élus notent mais ne font rien. C'est bien beau d'écouter, mais si on ne fait rien, ça ressemble à de la psychothérapie».

Autre point d'accroche important avec la municipalité actuelle, les transports. «C'est ça qui a marqué la rupture avec la municipalité», explique Cédric Maisse. En lieu et place de la délégation de service publique accordée à la société Kéolis, l'élu communiste voudrait voir une régie ou une société d'économie mixte, où le contrôle de la municipalité serait plus important. Il plaide également pour la gratuité des transport: «Elle apaiserait les relations entre usagers et conducteurs».

Avant de se lancer dans la course, les quatre élus n'auront pas attendu la décision de la section amiénoise du Parti communiste français qui doit voter le 16 octobre prochain pour choisir sa stratégie pour les municipales.

«On ne peut plus attendre», estime Cédric Maisse pour qui la décision du PCF intervient trop tard, et favorise les partisans d'une liste commune avec le PS. «Faire une liste autonome, c'est long. Il faut trouver autant d'hommes que de femmes par exemple. Plus on prend la décision tardivement, plus ils nous diront, il est trop tard». Pour lui, minoritaire au sein de sa section, la décision de reconduire une alliance dès le premier tour avec le PS, serait déjà actée au sein du PCF. Ce que réfute le secrétaire de section, Éric Lecaussoy : «Je peux vous assurer que rien n'est décidé».

Cédric Maisse et ses camarades n'auront pas attendu non plus la tenue samedi prochain d'une assemblée de la section PCF d'Amiens, centrée sur les municipales, et intitulée «Un projet communiste pour Amiens, un projet pour faire gagner la gauche à Amiens». Durant cette assemblée, les communistes et leurs partenaires du Front de gauche seront invités à «produire le projet communiste qu'ils souhaitent mettre en débat avec les habitants».

«Les élus communistes ont été respectés»

Six mois avant les élections, «le Front de gauche est en stand-by», juge un militant. Alors que le Parti de gauche (PG) et la Gauche unitaire (GU) plaident pour une liste Front de gauche autonome au premier tour, le PCF réserve son jugement.

Lundi dernier, les élus municipaux communistes étaient venus défendre le bilan de la municipalité devant les militants du Front de gauche. Ils ont notamment défendu la cohabitation avec les socialistes. «Les élus communistes ont été respectés et écoutés en retour, a estimé Jacques Lessard. Nous assumons le bilan, même s'il n'est pas parfait. Dans un contexte d'aggravation de la situation sociale, nous avons marqué un changement de cap par rapport à l'ère De Robien».

«Nous n'avons jamais été les relais de politiques d'austérité», a embrayé Laurent Beuvain, responsable du groupe communiste au conseil municipal et ancien secrétaire de la section d'Amiens du PCF. Il a estimé que localement, les partenaires socialistes étaient «plus à l'écoute» qu'au national, défendant une position «critique nationalement, localement aussi, mais avec une appréciation positive».

Du côté de Gauche unitaire, Marianne Mugnier a égratigné le bilan de la municipalité sur trois points: les transports, («Comment se fait-il que nous soyons en délégation de service public? Ce n'est pas ce que nous pouvons espérer de mieux»), la vie démocratique («On entend un sentiment de distanciation des élus») et le traitement des événements d'Amiens nord («Comment faire pour que la réponse sécuritaire de l'adjointe à la sécurité [Emilie Thérouin, ndlr] ne soit pas la seule voix entendue?»).

Durant la soirée, on n'aura pas entendu le porte-parole local du PG, Jean-Michel Dellis pourtant présent lors de la réunion. C'est un simple militant du PG, Jean-Michel Warin, qui s'est exprimé, le même qui est venu en fin de semaine soutenir l'initiative de Cédric Maisse. «Il faut faire quelque chose de nouveau, et ce n'est pas avec le PS que ça va arriver».

Réponse de Serge Compagnon membre de la section du PCF amiénois: «Le bilan est critiquable, mais qu'est ce que ça aurait été si c'était la droite? Il faut pousser le bouchon le plus loin possible. Une liste de large union me semble être la moins mauvaise solution».