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Dans les coulisses du zoo d'Amiens

Le 08 avril 2014
Entretien commentaires
Par Théodore Vandezande A lire aussi

Christine Morrier, directrice du zoo d'Amiens

Deuxième site amiénois en terme de fréquentation avec près de 150000 visiteurs par an, le zoo d'Amiens vient de démarrer la haute saison (ouverture de 10h à 18h, tous les jours). Inauguré en mai 1952, le zoo d'Amiens a su se diversifier et s'adapter pour répondre aux défis de tout parc zoologique.

Car le rôle d'un zoo ne se limite pas au simple divertissement de côtoyer panthères, girafes et autres éléphants. Membre depuis 2001 de l'Association européenne des zoos et aquariums (EAZA), le zoo d'Amiens participe en collaboration avec plusieurs dizaines de zoos à travers toute l'Europe à ce défi de la préservation des espèces en voie de disparition. Une vingtaine d'espèces intégrées à ces programmes de sauvegarde y sont d'ailleurs présentés.

«L'intérêt d'un parc zoologique est avant tout d'agir en faveur de la cause animale à tous les niveaux», résume la directrice du zoo. Et cela passe aussi par la sensibilisation des jeunes publics. Alors, comment fonctionne un zoo au quotidien? Découvrez-en les coulisses avec Christine Morrier, directrice du zoo d'Amiens et Pierre Bouthors, animateur scientifique et culturel du parc. Entretiens.

Le Télescope: Pourquoi le zoo d'Amiens a-t-il été fondé?

Christine Morrier: Le zoo d'Amiens a été créé en 1952, inauguré le 12 mai exactement. C'est la municipalité d'Amiens et son maire de l'époque, Maurice Vast, qui ont voulu sa création. Auparavant il s'agissait d'un parc botanique appelé le Jardin de la petite Hotoie.

A quoi ressemblait le zoo à sa création?

Pierre Bouthors: À l'époque, le zoo était très différent de ce qu'il est aujourd'hui. En fait, le zoo a été rasé et entièrement reconstruit en 1998 donc le zoo que vous voyez n'a pas réellement 60 ans mais seulement 15. Auparavant, il s'agissait d'un zoo "à l'ancienne", une sorte de collection avec des rangées de cages. À l'époque, le zoo d'Amiens possédait un grand nombre d'animaux, des fauves, pour certains même très menacés. Une collection que nous ne pourrions évidemment plus avoir aujourd'hui compte tenu du changement des pratiques.


A gauche, l'affiche du zoo de 2014, à droite celle de 1952.

Comment ont évolué ces pratiques? Et le rôle des zoos?

P.B.: Les pratiques ont énormément changé, et c'est tant mieux pour les animaux. Il y a peu, on allait chercher les animaux directement dans la nature, beaucoup mouraient, c'était un vrai désastre écologique. Ces pratiques sont heureusement révolues de nos jours.

Il est évident qu'il y a eu une vraie prise de conscience sur le plan du traitement des animaux au cours de ces dernières décennies. Aujourd'hui les zoos, et celui d'Amiens également, ont davantage un rôle de service public. Cela passe par une vraie pédagogie de sensibilisation à la protection de l'environnement.

Pouvez-vous détailler ce "rôle de service public" ?

C.M.: Le zoo se donne trois missions principales, issues d'une directive européenne de 1999: la conservation, l'éducation et la recherche. Les zoos s'impliquent non seulement dans la conservation ex situ des animaux sauvages en voie de disparition, mais également dans la conservation in situ de ces espèces en protégeant l'environnement dans lequel ils vivent.

L'éducation représente également un rôle important du zoo à travers les programmes que nous proposons aux scolaires. Il faut faire connaître pour faire agir. La pédagogie est la clé de la sensibilisation.

Nous participons aussi à la recherche comme tous les zoos en mettant à disposition les observations, les prélèvements sanguins et autres effectués sur nos animaux. Mais contrairement à quelques grands zoos européens, nous ne disposons pas de nos propres laboratoires. Notre principale mission reste l'éducation.

La pédagogie peut-elle encore être pertinente dans un zoo alors que la connaissance est accessible par tous sur internet?

C.M.: La pédagogie arrive par le simple fait d'être dans le zoo. Mettre les gens au contact des animaux est le meilleur moyen de les sensibiliser à la cause animale, au développement durable et aux questions d'écologie, parce qu'il y a une émotion qui se dégage, un rapport sensitif, physique qui s'établit avec l'animal. Allez vous mettre devant un éléphant de 5 tonnes, aucun écran ne remplace cela. Ceci dit, internet est un outil de connaissance formidable et qui peut tout-à-fait être complémentaire de notre travail.


Les éléphants du zoo d'Amiens.

Pour faciliter la sensibilisation, il faut rendre la nature attractive au public. N'y a-t-il pas un danger de ne présenter que les animaux «mignons» et détourner les regards des autres?

C.M.: Il y a toujours un risque d'anthropocentrisme. Par ailleurs la reconduction de notre budget est liée aux recettes, perversité qui donne aux zoos un impératif de spectaculaire. Mais on ne peut pas faire le tri entre les animaux. Évidemment, si on a le choix entre une perruche toute grise et une pleine de couleurs, on préférera prendre celle qui a des couleurs.

Mais les espèces présentées dans les zoos sont des espèces «ambassadrices». Les protéger, protéger leur environnement, c'est aussi protéger toutes les autres espèces qui y vivent et que l'on met peut-être moins en avant. L'essentiel est que tout cela s'entoure d'un vrai discours sur l'interaction entre les espèces et le développement durable.

Comment les animaux arrivent-ils au zoo?

C.M.: D'abord, il y a des animaux qui sont au zoo depuis très longtemps. Ceux que nous faisons venir sont choisis suivant différents critères: l'aspect spectaculaire de l'espèce, qui apporte un attractivité, une plus-value scientifique et pédagogique, et l'aspect de conservation de l'espèce, qui bien souvent est menacée d'extinction. Le zoo d'Amiens est un zoo généraliste, il nous faut donc conserver un équilibre dans la représentativité du monde animal: il nous faut présenter autant d'oiseaux que de mammifères...

Les animaux nous arrivent d'autres zoos de toute l'Europe au travers de programmes d'échanges d'animaux. Il existe des listes d'offres et de demandes pour cela. Il est également possible de mettre en dépôt un animal: par exemple nous avons prêté notre ocelot mâle à un autre zoo pour qu'il fasse des petits. Ensuite il reviendra chez nous.

Combien y a-t-il d'animaux? Combien avez-vous de naissances par an? Et que deviennent les petits?

C.M.: Le zoo compte environ 300 animaux appartenant à une soixantaine d'espèces différentes. Il est difficile d'estimer le nombre de naissances au zoo, il doit y en avoir plus de 50 par an. Mais on peut dire qu'il y a chaque année 4 ou 5 naissances importantes par leur rareté. La plupart du temps les petits sont donnés à d'autres zoos ou à des particuliers, ce qui est également possible, avec toutes les garanties de fiabilité nécessaires évidemment.

Les zoos essayent de reconstituer au mieux les structures sociales et l'environnement des animaux. Ainsi, faire venir des petits peut être intéressant. Il existe un coordinateur européen appelé EEP [Programme européen d’élevage, ndlr] qui détermine dans quel zoo ils vont être placés afin de favoriser le brassage génétique. Tout cela dans l'optique d'une réintroduction dans la nature bien sûr.

Arrive-t-il au zoo de devoir sacrifier des animaux qui n'ont pas trouvé acquéreur ou qui n'ont pas d'intérêt pour la reproduction, comme au zoo de Copenhague?

C.M.: Nous non. Il peut arriver d'être contraint d'euthanasier un animal évidemment, mais certainement pas pour des raisons génétiques. Je n'adhère pas à cela. Il est vrai que l'histoire de Copenhague a fait grand bruit, et d'ailleurs un grand débat est organisé avec les responsables de zoos afin d'arriver à un consensus européen.

Combien de personnes travaillent au zoo d'Amiens?

C.M.: Énormément de personnes travaillent ou interviennent ponctuellement dans le zoo. Il y a quatre grands secteurs d'activité: le secteur animalier (soigneurs, vétérinaires...), le secteur public (accueil, animation, communication), le secteur administratif et le secteur technique puisque les infrastructures du zoo ont besoin d'un entretien constant, des réparations ponctuelles et parfois des constructions afin d'accueillir de nouveaux pensionnaires.

Combien le zoo coûte-t-il à la Métropole en frais de fonctionnements?

C.M.: Le zoo coûte environ 1,5 million d'euros par an, personnel et fonctionnement compris, tout en sachant que le personnel représente deux tiers du budget. Mais le zoo est assez largement rentable: nous accueillons chaque année plus de 150 000 visiteurs, ce qui fait de nous le premier site payant d'Amiens. Bien que nous soyons encore difficiles à trouver nous avons de plus en plus de succès.

Le comportement des visiteurs du zoo est-il respectueux des animaux? Ce comportement a-t-il changé avec le temps?

P.B.: Oui en règle générale les gens sont assez respectueux vis-à-vis des animaux. Cela a beaucoup changé avec le temps mais il nous faut encore tordre le cou à quelques mauvais comportements. Par exemple, il faut expliquer aux visiteurs qu'on ne peut ni toucher ni nourrir les animaux. Ils restent avant tout des animaux sauvages bien que maintenus en captivité et peuvent se montrer dangereux. Mais globalement, l'attitude du public est très respectueuse.


Le Gibbon Lar, acrobate aguerri

Quels vont être les enjeux, les défis du zoo d'Amiens pour les années à venir?

C.M.: Le zoo commence à se faire vieux. Il est très beau mais certains bâtiments ont atteint un seuil de vieillissement problématique. Et puis le zoo est passé de 60 000 à 150 000 visiteurs en quelques années. L'entrée est régulièrement saturée, il n'y a pas de restaurant... Le niveau technique et organisationnel du zoo est à son maximum et ne peut plus faire face à l'augmentation de la fréquentation. Si la collectivité veut garder un zoo attractif, il faut nous donner les moyens de se développer.

Dans ce contexte, quelles nouveautés voudriez-vous y apporter?

C.M.: Il y a plein de choses que nous voudrions changer ou créer dans le zoo. Nous venons de récupérer le Pavillon bleu afin de l'aménager en restaurant. Nous essayons également de récupérer l'église Saint-Firmin qui est désaffectée pour en faire un aquarium.

Ensuite, pour gagner en visibilité, nous devons déplacer l'entrée. Un vivarium va sans doute être créé à l'emplacement de l'entrée actuelle. Et enfin, coté animaux, nous aimerions retrouver une grande espèce-phare, peut-être faire venir une espèce de grands fauves.

Ces investissements d'attractivité sont parfaitement possible à réaliser avec un zoo rentable comme celui d'Amiens. Nous réalisons déjà de belles choses avec notre peu de moyens. On mouille notre chemise tous les jours et on va continuer parce qu'on adore notre zoo.

Dans l'œil du Télescope

J'ai rencontré Christine Morrier et Pierre Bouthors le vendredi 28 Mars au zoo d'Amiens.