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Ce que les candidats veulent pour les écoles

Le 11 mars 2014
Analyse commentaires
Par Fabien Dorémus

Les villes ont leur mot à dire en matière d'éducation. Évidemment, pas sur les programmes, ni sur la gestion des enseignants ou du personnel administratif: tout cela relève des compétences de l'État. Mais les communes sont propriétaires des écoles, elles doivent aussi financer du matériel pédagogique et gérer le personnel ouvrier. Sans oublier la question de la restauration scolaire.

À Amiens, plus de 10 500 enfants sont concernés dans quelques quatre-vingt-huit écoles publiques. Que leur réservent les candidats à l'élection municipale? 

Quelle que soit la nouvelle équipe municipale élue le soir du 30 mars, elle aura à traiter un gros dossier éducatif, celui de la réforme des rythmes scolaires. Même si Brigitte Fouré et ses colistiers de «Rassemblés pour agir» affirment qu'ils demanderont «un moratoire sur ce bouleversement des rythmes scolaires qui perturbent la vie de famille», la loi entrera en vigueur, sauf surprise, dans toutes les communes à la rentrée 2014. Celles-ci auront à charge d'organiser les activités périscolaires prévues.

La Ville d'Amiens a déjà pris les devants sous l'impulsion de Gilles Demailly. Après consultation des parents d'élèves, la demi-journée supplémentaire a été placée le mercredi matin; les directions des centres de loisirs ont été mises en relation avec les directions des écoles de la Ville afin de définir précisément quelles activités pourront être proposées dans chaque établissement. «La vraie chance d'Amiens c'est qu'elle est dotée d'un excellent vivier d'associations», se félicite Thierry Bonté, qui mène la liste «Osons Amiens». Autrement dit, pas d'inquiétude, tous les écoliers pourront bénéficier d'activités périscolaires de qualité.

Gratuit ou payant?

Concernant l'organisation des nouveaux rythmes scolaires, c'est le candidat socialiste qui avance les propositions les plus précises: études dirigées proposées tous les jours jusqu'à 16h30 et proposition d'activités périscolaires deux fois par semaine pendant 1h30. Mais surtout, il promet la gratuité des activités.

Cette gratuité des activités coûterait selon Thierry Bonté «quelques centaines de milliers d'euros» à la collectivité. Le calcul précis restant à faire et, surtout, il dépendra du nombre d'écoliers qui choisiront de s'y inscrire. L'État aidera la Ville à hauteur de 150 euros par an et par enfant, mais seulement pendant deux ans. Ensuite? Le candidat promet la pérennité de la gratuité.

Pour Cédric Maisse, qui mène la liste «Aube nouvelle», cette gratuité doit être assurée «sans ambiguïté». Mais pour le candidat communiste, la réforme des rythmes scolaires aurait dû être prise en charge par l'État et non par les communes, afin d'assurer l'égalité de tous les territoires. Cédric Maisse, lui même enseignant, redoute aussi le mélange des genres entre enseignement et animation et y voit une menace future sur le statut des enseignants.

Brigitte Fouré attend de voir

Deux autres candidats, Mohamed Boulafrad pour la liste de centre gauche «Réussir ensemble pour Amiens» et Yves Dupille pour la liste d'extrême droite «Amiens bleu marine» souhaitent également la gratuité. Et Brigitte Fouré? La candidate de rassemblement de la droite indique que «le coût des activités ne doit pas être un frein pour les enfants» sans toutefois promettre la gratuité: «On ne sait pas exactement quelle somme cela représenterait, nous examinerons cela [en cas de victoire, ndlr]».

Brigitte Fouré et son équipe veulent toutefois mettre à profit les activités périscolaires pour «renforcer les apprentissages fondamentaux : lire, écrire, compter». Et de citer en exemple l'action de lutte contre l'illettrisme effectuée à l'école Émile-Lesot par le Rotary Club: «Ils viennent deux fois par semaine, en accord avec les professeurs, ça a un effet bénéfique sur tout le monde».

«Une gestion humaine est nécessaire»

Les communes sont propriétaires des écoles situées sur leur territoire. À ce titre, elles doivent assurer leur entretien, éventuellement en construire de nouvelles, etc. L'actuelle équipe de Gilles Demailly a fait un effort important en la matière, et le candidat socialiste Thierry Bonté avance avec fierté le chiffre de 65 millions d'euros investis dans la rénovation et la construction d'écoles. En cas de victoire, «nous continuerons ce travail», assure-t-il.

Aucun autre candidat ne conteste ce bilan. Mais pour Cédric Maisse certains investissements matériels sont encore nécessaires: «Il y a des problèmes de chauffage à l'école Delpech ou à l'école André-Bernanrd. Les chaudières sont âgées, ça oblige à surchauffer certaines salles pour que d'autres puissent aussi bénéficier d'un peu de chaleur».

Selon le candidat communiste, les écoles amiénoises manquent aussi de moyens pour remplir leurs bibliothèques. Mais il faudrait surtout que la Ville embauche davantage d'Agents spécialisés des écoles maternelles (Atsem) dont le rôle est d'aider les enseignants dans leurs tâches. «Gilles Demailly gère les Atsem de façon mathématique, alors que c'est une gestion humaine qui est nécessaire», indique Cédric Maisse.

De l'autre côté de l'échiquier politique, la tête de liste de «Amiens bleu marine», Yves Dupille, lui aussi enseignant, estime que la Ville devrait faire un effort sur le petit entretien: «Un robinet qui fuit, un grillage qui menace de se décrocher, etc. Il faut une meilleure réactivité des services, ça coûte peut-être un peu en personnel mais ça coûtera moins cher au final en grosses réparations.»

Avec ou sans régie publique?

Concernant les cantines, tous les candidats indiquent vouloir améliorer la qualité de la nourriture des élèves, beaucoup estiment qu'il faut multiplier les approvisionnement en circuits courts. C'est d'ailleurs ce qu'à déjà entrepris l'actuelle majorité (voir notre article). La municipalité de Gilles Demailly a fait passer la restauration scolaire en régie publique à l'été dernier. Une situation qui convient aux candidats de gauche, qui n'émeut pas l'ex-FN Yves Dupille, mais sur laquelle reviendra l'éventuelle majorité de Brigitte Fouré. En effet, dans son programme, elle indique vouloir confier la restauration scolaire «à ceux dont c'est la vocation» et d'ajouter qu'un «service au public n'est pas nécessairement un service public».

Plusieurs candidats ont mis en avant leur volonté de lutter contre l'échec scolaire. Mohamed Boulafrad explique en faire une priorité: «Au vu de la sociologie locale inégalitaire, il faut un accompagnement spécifique de certains élèves pour que tous puissent avoir la même chance.» Pour le candidat, cela passe par un travail important avec les parents et les enfants: «C'est avant le collège que tout se joue, et les services de la Ville doivent assurer une continuité entre l'école et les parents.»

Chacun y va donc de ses propositions. Enfin, presque. Car le candidat de Lutte ouvrière, Bruno Paleni, fait entendre une tout autre musique. Pour lui, «on peut toujours discutailler de mesurettes locales mais à quoi ça sert si l'on n'a pas d'argent pour les mettre en œuvre?» Il pointe ici les 10 milliards d'euros qui pourraient être retirés par l'État aux collectivités territoriales d'ici 2017. Le problème est en effet central.