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Brigitte Fouré largement en tête au premier tour

Le 24 mars 2014
Reportage commentaires (3)
Par Rémi Sanchez et Fabien Dorémus A lire aussi

Brigitte Fouré et Alain Gest partent au second tour avec une certaine avance.

L'ambiance était à la fête hier autour de Brigitte Fouré. La candidate de la liste UDI-UMP-Modem n'est pas encore élue maire d'Amiens mais les résultats du premier tour de l'élection municipale la donnent très largement en avance avec 44,8% des suffrages exprimés. Le second, Thierry Bonté, accuse un retard de près de 20 points.

Pas étonnant donc de voir les militants de droite afficher hier soir leur mine des grands jours. «On a connu des soirées moins bonnes», glissait dans un sourire Alain Gest, numéro 2 sur la liste et promis à la présidence d'Amiens métropole en cas de victoire la semaine prochaine. Tous s'attendaient à voir leur tête de liste en première position, mais pas à ce point.

Acclamée à son QG de campagne de la rue Saint-Patrice lors de son arrivée vers 20h, Brigitte Fouré a rapidement pris le micro pour remercier toutes celles et ceux qui l'avaient soutenue jusqu'alors. Largement en avance au premier tour, elle a pourtant appelé à la prudence: «Pas de fanfaronnade, pas d'exaltation.» Elle a cependant insisté sur la déconvenue subie par son concurrent principal, Thierry Bonté: «Soyons conscients que plus des trois-quarts des Amiénois ont refusé de porter leurs voix sur la liste de l'équipe sortante».

Un petit quart des voix pour le candidat PS

Le score de la liste PS-PCF-EELV, portée par le socialiste Thierry Bonté, est en effet la surprise de ce premier tour. L'actuel vice-président de la Métropole en charge des transports ne recueille que 24,65% des voix. C'est un peu l'abattement, dans son camp: «Il faut savoir reconnaître quand la bataille est perdue», estimait même un colistier socialiste, à la vue des résultats provisoires qui arrivaient au compte-gouttes.

«L'écart est plus important que prévu», reconnaît Thierry Bonté qui ne désespère pas. Oui, son score est décevant mais il estime que tout n'est pas perdu: «La liste de droite a fait le plein de ses voix, mais pas nous». Il s'agirait, pour lui, au second tour d'inciter un électorat de gauche à se mobiliser. C'est la thèse de certains sondages qui voudraient que l'électorat de gauche a été bien moins mobilisé par ces élections municipales, contrairement à celui de droite.

Et l'abstention a, en effet, été très importante. Près de 48% des inscrits n'ont pas pris la peine de se déplacer dans leur bureau de vote à Amiens. Quasiment un électeur sur deux, c'est une abstention record, de 10 points supérieure à la moyenne nationale, selon les estimations.

L'autre planche de salut de Thierry Bonté, ce pourrait être Cédric Maisse. Car le dissident communiste et sa liste «Aube nouvelle, Amiens combat l'austérité» ont obtenu 8,87% des voix. Pas assez pour se maintenir au second tour, mais assez pour peser dans les thèmes du second tour.

Les tractations vont commencer avec le dissident communiste

Mais le passif est lourd entre Thierry Bonté et Cédric Maisse: chacun accuse l'autre d'avoir fait campagne contre lui et les piques ont volé bas entre les deux camps de gauche. Conciliateur, dès ses premières paroles à la presse, Thierry Bonté annonçait qu'il allait engager les discussions avec la quatrième liste de cette élection.

Mais du côté de l'Aube nouvelle, on a préféré se donner le temps de la réflexion commune. Après une assemblée générale qui s'est tenue jusque tard dans la soirée, Cédric Maisse et son équipe ont décidé qu'ils allaient discuter du fond avec le candidat socialiste. «On va discuter sur la base du programme, pas sur les postes. Notamment sur nos deux points principaux, la gratuité des bus et les premiers mètres-cube d'eau gratuits».

Et si les discussions aboutissent à un compromis, quelle issue? L'Aube nouvelle s'orienterait plutôt vers un appel au vote Bonté: «Nos colistiers sont quasi-unanimes pour le moment: pas de fusion entre les listes». Mais Cédric Maisse, qui avait été élu sur la liste de Gilles Demailly en 2008, attend de voir comment avanceront les discussions avec le PS, avant de mener une seconde assemblée générale avec ses colistiers.

Yves Dupille, le troisième homme

De l'autre côté de l'échiquier politique, l'extrême droite affichait hier sa satisfaction. Mais pas trop. «On espérait davantage», explique Yves Dupille, tête de liste d'Amiens bleu marine (FN et apparentés) qui, avec 15,55% des suffrages exprimés, réalise un score historique pour l'extrême droite dans la capitale picarde lors d'une élection municipale. Avec ce résultat, Yves Dupille peut se maintenir au second tour: «Nous avons déjà nos tracts, c'était prévu».

Jusqu'alors le FN n'avait jamais dépassé les 10,2% de suffrages exprimés à Amiens. C'était en 1995. Depuis, l'extrême droite s'était affaissée dans la ville. Mais aujourd'hui, la tendance est totalement inversée. Difficile à comprendre localement tant l'activité militante du FN a été inexistante ces dernières années à Amiens. Selon lui, Yves Dupille doit son résultat au rejet de la municipalité actuelle «sur les bus, le tramway et la gestion des employés municipaux», ainsi qu'au mécontentement national dû à la politique des socialistes au pouvoir.

Pour finir, trois listes ont fait moins de 5% hier à Amiens. Trois listes très différentes qui ne pourront pas voir leurs frais de campagne remboursés. Celle de Lutte ouvrière, menée par Bruno Paleni, recueille 2,56% des suffrages exprimés. C'est un peu moins que lors des élections de 2001 et 2008 où le candidat d'extrême gauche dépassait les 3%.

Arrivent ensuite les colistiers de «Monsieur Usé», alias Nicolas Belvalette du Parti sans cible, qui obtiennent 2,17%. Cette liste volontairement absurde parvient à devancer celle de l'ancien PS Mohamed Boulafrad qui n'obtient que 1,41%.

24/03, mise à jour: ce lundi, Cédric Maisse a annoncé que les discussions avec Thierry Bonté n'ont pas abouti. Il n'y aura donc pas d'appel au vote pour la liste Osons Amiens.

Dans l'œil du Télescope

Fabien Dorémus a suivi la soirée au QG de campagne de Brigitte Fouré. Il a interviewé Yves Dupille à l'espace Dewailly. Rémi Sanchez a partagé son temps entre le QG d'Osons Amiens et celui de l'Aube nouvelle.