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Au nom de l'union, le PS élude le débat interne

Le 04 octobre 2012

Jeudi prochain, les 1450 adhérents que revendique le Parti socialiste (PS) dans la Somme sont appelés à voter lors de leur congrès, le 76e depuis l'année 1905.

Trente-huit bureaux de vote seront ouverts dans le département, correspondants aux 38 sections de la Somme, les unités de base du parti, liées chacune à un territoire géographique défini. À Amiens, trois sections se partagent la ville: «François-Mitterrand» au nord, «Jean-Jaurès» au sud et «Léon-Blum» à l'ouest.


Christophe Géraux, responsable de la fédération de la Somme.

Un congrès, comment ça marche? Chaque militant PS vote dans sa section pour l'une des cinq motions proposées (voir le contenu des cinq motions sur le site du Parti socialiste). Les premiers signataires des deux motions arrivés en tête pourront se présenter à l'élection du premier secrétaire national, le poste qu'occupe actuellement Martine Aubry.

Dans l'idéal, les différentes motions représentent les sensibilités politiques qui s'affrontent au sein du parti. Et la motion qui remporte la majorité des suffrages a toute légitimité pour conduire les actions du PS jusqu'au prochain congrès.

Mais cette année, presque tous les courants du parti se sont donné rendez-vous au confluent de la motion n°1, intitulée «Mobiliser les Français pour réussir le changement». Une motion représentée par Harlem Désir et soutenue par Jean-Marc Ayrault, Martine Aubry, tous les ministres et la grande majorité des députés.

Dans la Somme, les signataires de cette motion sont notamment le maire d'Amiens Gilles Demailly, les députés Pascale Boistard et Jean-Claude Buisine, le président du conseil général Christian Manable. Tous ces noms ne se seraient pas forcément côtoyés au bas de la même motion dans un congrès habituel.

Qu'y a-t-il donc de différent cette année? «D'habitude, lors du congrès, on débat de l'orientation du parti. Mais là, l'orientation a été définie par les 60 propositions de François Hollande et par le programme de gouvernement porté par nos candidats aux législatives, analyse Frédéric Fauvet, responsable de la section d'Ailly-sur-Noye. Le PS anime la majorité, il faut serrer les rangs désormais.»

«Les temps sont durs pour le gouvernement, ce n'est pas le moment de s'éparpiller», ajoute Jean-Louis Piot, secrétaire de la section de Camon, «l'enjeu principal est de montrer que François Hollande et le gouvernement ne sont pas tout seuls.» Le premier secrétaire fédéral, Christophe Géraux, abonde lui aussi dans ce sens: «On a trouvé le pays dans une sale situation mais on ne peut pas tout faire en même temps. Alors tout le parti doit être derrière le gouvernement.»

La gauche du parti en ordre dispersé

«Ce n'est pas un congrès idéologique», précise Philippe Casier, secrétaire de la section Jean-Jaurès, classée à la gauche du parti. Lors du précédent congrès, en 2008, il soutenait la motion de Benoît Hamon, désormais ministre et signataire lui aussi de la motion n°1.

«Aujourd'hui, il y a une bataille à mener en Europe, s'explique-t-il. Pour gagner contre la finance et la droite, il faut construire un rapport de force afin de réorienter toute la construction européenne. S'il n'y a pas de soutien populaire, c'est perdu d'avance. Si François Hollande échoue, on aura beau dire dans cinq ans 'il fallait faire ceci ou cela', c'est une droite de plus en plus extrême qui arrivera au pouvoir.»

Pour le secrétaire de la section Jean-Jaurès, le temps du débat n'est pas encore venu. «Si tu poses les débats maintenant, tu apparais en défiance vis-à-vis du gouvernement. On ne construira pas contre François Hollande ou contre la gauche gouvernementale».

Alors, exit les débats? Tout le monde n'est pas de cet avis. «Si le débat n'a pas lieu aujourd'hui, ce sera quand? Le prochain congrès, c'est dans trois ans, il sera trop tard!», s'insurge Jean-Jacques Chavigné. Il fait partie, avec les conseillers municipaux Françoise Berger et Éric Mehimmedetsi, des amiénois signataires de la motion n°3, intitulée «Maintenant à gauche».


Jean-Jacques Chavigné (capture d'écran d'une vidéo Youtube).

Pour ce proche de Gérard Filoche, il est temps d'agir de manière plus forte contre le chômage et la précarité. «Il faut une loi contre les licenciements boursiers, Arnaud Montebourg ne peut rien faire sans cela. Le groupe PSA a distribué 6 milliards d'euros en six ans à ses actionnaires. L'État doit se doter des moyens nécessaires pour leur demander des comptes.»

Les défenseurs de cette motion n°3 espèrent pouvoir peser lors du congrès. «Mais tout a été fait pour que la voix des militants soit confisquée, regrette Jean-Jacques Chavigné. On est à dix jours du vote et l'on vient tout juste de recevoir les textes des motions.»

Malgré tout, il n'envisage aucunement de quitter le navire socialiste: «Notre divergence essentielle avec Jean-Luc Mélenchon [qui avait quitté le PS en 2008, ndlr] c'est qu'il mise sur l'échec d'Hollande. Mais si François Hollande échoue, toute la gauche échouera. Et la vague rose ne sera pas remplacée par une vague rouge, mais par une vague bleue!»

«Pas facile de canaliser tout le monde»

Même si la motion n°1 a réussi à rassembler un maximum d'élus, le match n'est pas forcément plié. C'est en tout cas ce que pense Mohamed Boulafrad, secrétaire de la section Léon-Blum à Amiens. «S'il n'y avait que les élus qui votaient, la motion passerait sans problème. Mais là, ce sont tous les militants qui vont décider.» Et d'après lui, beaucoup n'apprécient pas que de nombreuses sensibilités ce soient fondues dans une unique et même motion.

Mohamed Boulafrad a choisi de défendre la motion n°1. D'abord par fidélité à Vincent Peillon, «avec qui je bosse depuis dix ans». Et puis aussi pour soutenir Harlem Désir car c'est un candidat «de la diversité».

Mais le secrétaire de la section Léon-Blum embarrasse ses camarades socialistes. Il a récemment déclaré qu'il était candidat à la candidature PS de 2014 à la mairie d'Amiens. Une candidature surtout tournée à l'encontre de Gilles Demailly dont il ne souhaite absolument pas la réélection. De quoi réanimer les divisions, au beau milieu d'un congrès consacré au rassemblement des troupes. «Je me suis inspiré de François Hollande, je suis parti de loin», se justifie l'intéressé.

Une déclaration qui rappelle que rien n'est vraiment simple au PS amiénois. «Il y a beaucoup de fortes personnalités, sourit le premier fédéral Christophe Géraux, ce n'est pas facile de canaliser tout le monde.» De fortes personnalités en rivalité qui exaspèrent parfois les nouveaux militants. «Quelqu'un qui arrive dans le parti peut être dérouté», admet Jean-Louis Piot, de la section de Camon. Résultat: certains socialistes amiénois, au lieu de se sentir obligés de choisir leur camp à Amiens, décident de militer dans d'autres sections de la métropole, plus calmes.


Frédéric Fauvet est l'un des deux candidats au poste de premier secrétaire fédéral.

Mettre fin à cette situation fera sûrement partie des objectifs du prochain premier secrétaire fédéral. Car un congrès c'est aussi l'occasion de voter pour les instances dirigeantes du parti. En théorie, chaque militant peut être candidat au poste de responsable fédéral. Pour le moment, deux candidats sont déclarés: Emmanuel Sergent, secrétaire de la section d'Abbeville, et Frédéric Fauvet, secrétaire de la section d'Ailly-sur-Noye. L'élection du responsable fédéral est prévue le 15 novembre, un mois après le vote sur les motions.

Dans l'œil du Télescope

J'ai rencontré Christophe Géraux mardi matin à la fédération de la Somme du Parti socialiste, à Amiens. Les autres personnes citées ont été contactées par téléphone entre mardi et mercredi.