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Alliance Vita: l'association derrière les justaucorps

Le 02 novembre 2012
Enquête commentaires

Les militants? «Une majorité de 25-35 ans».

La manifestation? «On a des retours très positifs», explique Ségolène Duclosel, la communicante de l'association Alliance Vita. Elle est plutôt satisfaite. D'après elle les médias les auraient mentionnés entre 400 et 500 fois.

Et ce jour-là, les quelques vidéos (à voir ici, ici et) et photographies des manifestations ont sillonné les réseaux sociaux français et étrangers et les ont occupés une bonne partie de la journée.

Un vrai succès médiatique: Alliance Vita voulait amener le débat, ils y sont parvenus. Même si parfois les retours auront été plus négatifs

Mais qui sont-ils? Une association, un mouvement, qui compte 37000 «soutiens» selon leur présentation officielle. Des membres actifs? Non, plutôt des donateurs qui, d'après Ségolène Duclosel, financent complètement l'association et ses huit permanents. En échange, ils sont tenus au courant des activités.

Parmi ces donateurs, certains s'engagent dans les actions, dans les réunions, participent à l'université d'été. Combien sont-il dans la Somme? De mémoire, la directrice de la communication nationale évoque une fourchette large, entre 300 et 500 personnes. Sans pouvoir préciser si ces donateurs sont actifs, ou non.

Portrait-robot du militant

Ont-ils un profil-type, ces militants? Ceux qui les ont croisés, place Gambetta le 23 octobre, peuvent avoir une idée. Tous les âges étaient représentés, mais dans l'ensemble, la foule était plutôt caucasienne et bien mise.

Il faut dire que chaque membre de l'association savait qu'il allait être exposé aux médias friands d'animation de rue. Et pour préparer cette manifestation si homogène aux six coins de l'hexagone, nul camp d'entraînement secret. Juste le matériel, justaucorps et ailes en carton, envoyé aux délégations départementales avec des instructions précises sur la chorégraphie.

«Pour les âges, cela va de 18 à 77 ans, résume Ségolène Duclosel. La tranche d'âge 25-35 est très représentée. Peut-être parce que ce sont ceux qui sont confrontés aux premiers problèmes de la parentalité. On a aussi une certaine proportion de soignants: aide-soignants, infirmières, médecins, psychologues.» L'Alliance Vita se prévaut d'être présidée par le docteur Xavier Mirabel, cancérologue à Lille.

Naissance politique

Une association catholique? Ségolène Duclosel préfère parler «d'assemblée de citoyens». D'ailleurs, si des groupes comme l'institut CIVITAS –que l'on peut littéralement qualifier d'intégristes catholiques– militent contre le même projet de loi, l'Alliance Vita prend ses distances, et ne défile pas à leurs côtés. Si les premiers défilent le 18 novembre, Alliance Vita préfère une "manif pour tous" le 17 novembre, entourée d'autres associations aconfessionnelles ou de meilleure fréquentation.

Place Gambetta, c'est Nathalie Lanckriet qui tenait le porte-voix, c'est aussi elle qui répondait à la presse. Nathalie Lanckriet est déléguée départementale de l'association. À la question de l'orientation religieuse des membres, elle esquive. Alliance Vita, mouvement créé à l'occasion des premières lois de bio-éthique de 1993 par Christine Boutin, se veut totalement apolitique et sans confession.

Nathalie Lankriet, déléguée départementale, donnait de la voix le 23 octobre.

Une preuve, c'est que Christine Boutin s'en est rapidement retirée «avant son entrée en politique, probablement pour éviter les amalgames», suppose Nathalie Lanckriet. La déléguée départementale est-elle, elle-même, catholique? Elle préfère ne pas en parler.

La responsable de la communication insiste: «Que l'on puisse retrouver des positions partagées par des syndicats ou des religions, sûrement, mais ce n'est pas notre approche.» Elle va plus loin: «Je ne connais pas la confession de nos membres, mais je sais qu'il y a des protestants et même des musulmans. Il y a même des membres homosexuels» lance-t-elle, allant au-devant de l'accusation d'homophobie.

Écoute et conseil

Un enfant qui a besoin d'une mère et d'un père, la vision d'une famille formée autour d'un couple homme et femme, c'est ce que l'association défend. Ces valeurs peuvent paraître issues de la famille traditionnelle catholique. «Oui, c'est vrai, mais c'est peut-être un constat partagé. Et au travers de notre activité de permanence d'écoute, on se rend bien compte que ça fonctionne mieux dans les familles de schéma classique. Beaucoup de professionnels de l'enfance voient que l'absence du père est un manque pour l'enfant, par exemple.»

Car si l'activité la plus connue de l'association est désormais la "sensibilisation" et le lobbying, l'Alliance Vita se caractérise aussi par l'animation de deux permanences téléphoniques. La première, "SOS fin de vie" et la seconde, "SOS bébé", qui concernent «les épreuves du début et de la fin de vie. On y reçoit les appels de gens inquiets sur les questions d'infertilité, de grossesse non-désirée, de deuil pré-natal, d'accouchement sous X, ou d'acharnement thérapeutique et d'euthanasie.» Une autre préoccupation de cette association: «On pense que la vie a de la valeur, et mérite d'être protégée du début à sa fin.»

Pour animer ces permanences, plusieurs dizaines de bénévoles, volontaires, «formés et encadrés par des soignants.» Ils travaillent depuis leur domicile, mais aucun n'est basé dans la Somme. «Les gens nous appellent ou nous envoient un mail grâce à nos sites web qui commencent à être assez bien référencés» explique Ségolène Duclosel.

Localement, les bénévoles peuvent aussi laisser des tracts dans les salles d'attente des médecins ou les pharmacies.

L'animation des permanences a un autre avantage, donner une justification à ce mouvement, un ancrage dans un certain pragmatisme. «L'Alliance Vita parle au nom de ce qu'on entend dans nos permanences», explique la directrice de la communication.

Enfin l'Alliance Vita organise aussi des conférences, autre moyen de recruter. Au début de l'année, un cycle de conférences sur l'euthanasie avait traversé la France, invitant des médecins locaux pour appuyer la démarche. À Amiens en avril dernier, c'est le docteur Alain de Broca qui avait pris la parole. Selon Nathalie Lanckriet, un succès qui avait permis à l'association d'approcher un nouveau public.

Avec ces dons invraisemblables de communication, il est probable que l'on entende encore parler de l'Alliance Vita. D'autant que l'arrivée au pouvoir du Parti socialiste, censé être plus progressiste sur les questions sociétales, devrait leur donner du grain à moudre, bien après les manifestations prévues le 17 et 18 novembre.

Dans l'œil du Télescope

Les propos sur la structure et le fonctionnement de l'association sont tous issus d'entretiens avec les deux membres citées.

Les photos sont celles prises lors de la manifestation amiénoise du 23 octobre.

Certains liens et certaines vidéos vous permettront d'en apprendre plus sur l'idéologie de l'association et les idées des sympathisants.